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Maya Kamaty, l’hymne à la vie

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Les rythmes du maloya ont enflammé le cœur du public montréalais le 16 juillet, grâce au charisme incandescent de Maya Kamaty. Accompagnée de ses talentueux compères musiciens Stéphane Lépinay, Kilik Payet et Moana Apo, l’artiste réunionnaise s’est produite sur la scène intimiste du club Balattou pour l’édition 2015 du Festival International Nuits d’Afrique. Un moment de grâce.

Paré pa paré ?
C’est en créole que la chanteuse lance l’invitation au public, venu l’applaudir en grand nombre dans la chaleureuse petite salle du boulevard Saint-Laurent. On y devine un mélange de Québécois déjà conquis, de Réunionnais bien présents et de curieux émerveillés.
Maya Kamaty habite la scène en toute simplicité, comme une pièce de son foyer. Longue robe d’été, cheveux libres et regard de braise, elle raconte, kas la blag et émeut sans détours ni artifices.
Mais c’est à un voyage extraordinaire qu’elle nous invite à participer. « Vous êtes prêts ? »

Dans le sillage de sa voix tour à tour cristalline et veloutée, caressante ou féroce, au son du kayamb ou de la guitare qu’elle empoigne avec la même aisance, la jeune femme nous entraîne le long du Santié Papang, titre de son premier album sorti en 2014 (il lui a déjà valu de nombreux lauriers, dont le Prix des Musiques de l’Océan Indien). Le sentier papangues, c’est aussi le nom de cette ruelle de l’Etang-Salé, au sud-ouest de La Réunion, où elle a vécu, rêvé et tissé des mélodies trois années durant.

Fille d’Any Grondin et Gilbert Pounia, figures emblématiques du collectif musical Ziskakan, Maya hisse haut les couleurs de la langue créole et signe des textes tout en poésie, où se bousculent images mélancoliques, chants d’amour et fonnkèr vibrants. À travers ses compositions originales teintées d’accent folk, soul et pop-rock, elle a su créer un univers bien à elle, aux racines fièrement plantées dans la terre fertile du maloya.

Le maloya, c’est ce genre musical réunionnais, longtemps interdit et clandestin, désormais classé au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Ce cri du cœur en forme de chants et de danses, poussé par des esclaves au creux des nuits les plus noires de l’Histoire et dont le feu a pourtant réchauffé bien des âmes, inspiré bien des destins. Plus qu’un symbole de rébellion et de liberté, il est un hommage à la vie toute entière, celle qui écorche et meurtrit mais aussi celle qui exalte, rassemble, affranchit.
Il y avait de tout cela dans la prestation de Maya Kamaty et de ses musiciens : des ballades empreintes de douceur et de nostalgie tout d’abord, une berceuse à la mémoire de jeunes gens disparus. Et puis tout à coup cette fièvre qui monte, au rythme hypnotique du roulèr, comme une émotion qui croît lentement au creux du ventre et soulève l’âme, emporte le corps dans une frénésie dansante et insolente. Comme une transe puissante où, dans un même élan, la souffrance perce au cœur de la joie et la nostalgie cède place au bonheur farouche de vivre, ansanm. D’autant plus que le public a également pu apprécier les reprises (« hommages aux vivants ») de monstres sacrés du maloya tels que Firmin Viry et Danyèl Waro.
La générosité de l’artiste et de son trio de musiciens a manifestement conquis la salle, ruisselante d’énergie et d’émotions.

À la fin du concert, une seule hâte : retrouver Maya Kamaty pour la suite de son voyage et découvrir les nouveaux sentiers qu’elle choisira d’emprunter. Paré !

Par Xuan Gagneur Ducandas

Prochaines dates : Maya Kamaty chantera pour le public français de Cajarc le 24 juillet prochain, à l’occasion du festival Africajarc. Page Facebook officielle : https://www.facebook.com/MayaKamaty

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