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Colloque international: les universitaires et le défi de « reféconder » un Africain nouveau

Colloque au Togo, 2018
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Les 02 et 03 mars derniers, des universitaires africains s’étaient à réunis à l’Université de Lomé au Togo. La rencontre est organisée par les Universités sociales du Togo et ses partenaires en collaboration avec le campus. Le colloque invite les Africains à se défaire des résistances psychosociales et des courants inhibiteurs du développement. Il vise surtout à réinventer un type nouveau d’Africain capable d’impulser le développement du continent secoué par d’interminables instabilités politiques et économiques.

« Crise du pouvoir politique et développement de l’Afrique ». C’est le thème des deux jours de débat à l’auditorium de l’Université de Lomé (UL). Les panélistes ont, dans leur intervention, abordé sous divers angles les freins au décollage économique effectif des pays africains, essentiellement sub-sahariens. Il est apparu dans leurs approches historiques, juridiques, philosophiques, sociologiques, psychologiques, économiques, entre autres que les instabilités politiques que connaît le continent est engendré par l’Homme. Plus spécifiquement, ces crises sont encouragées par un spécimen d’universitaires et de pseudo-intellectuels africains. Ils entretiennent ces crises au nom de certains paradigmes qui, en réalité, sont des inhibiteurs du développement.

Dans son développement axé sur « Figures pour ré-féconder l’imaginaire social des Africains », Maryse Quashie, maître de conférence au département des Sciences de l’éducation à l’UL a relevé certains obstacles. Selon l’universitaire, ce sont entre autres, les « résistances psycho sociales » dans certains pays qui freinent le développement de l’Afrique. Pour elle, le cas togolais est un exemple. Le pays vit une instabilité politique depuis 25 ans. Pour sortir de cette situation, Maryse Quashie propose l’identification à des valeurs et une refondation de l’éducation scolaire. Les formations académiques calquées sur le modèle« Jules Ferry » n’ont plus leur place. Il faut, préconise-elle, que les manuels didactiques scolaires enseignent aux apprenants les héros africains du passé et contemporain. Elle a étayé son argument par des figures historiques dont la reine Pokou des Baoulés, et la révolte des femmes togolaises en 1933. Aussi l’enseignante a-t-elle invité la jeune génération à prendre des exemples sur Mandela, Sankara, etc..

En aval de ces propositions, se trouve l’intellectuel ou l’universitaire. Mais le constat amer est que beaucoup manquent à l’appel. La ferveur nationaliste incarnée par les universitaires et intellectuels s’est estompée au fil de l’histoire pour céder à une compromission avec les régimes autocratiques nuisible au continent. Kpakpo Mawusse Akue Adotevi, maître de conférences au département de philosophie dans son exposé sur« Rôles et contributions des intellectuels : défis et enjeux pour une Afrique à reconstruire », a essayé de faire une distinction entre les deux car, selon, lui un universitaire n’est pas forcément un intellectuel et vice versa. Les deux concepts engendrent des amalgames dus à leurs usages galvaudés. « Pour moi, l’intellectuel, c’est quelqu’un qui inquiète lui-même et inquiète le pouvoir », a-t-il affirmé. Or, beaucoup d’intellectuels ou universitaires sont devenus couards ou préoccupés par les comptes en banque au détriment de leurs peuples. Le défi s’avère grand. Mais le colloque semble poser les jalons pour le relever. Et c’est salutaire pour l’Afrique subsaharienne qui se débat entre crises et développement.
La « ré-fécondation » de l’imaginaire social des Africains ne saurait se réaliser sans un climat économique favorable. En ce sens des communications ont éclairé le public sur les écueils au développement économique du continent africain.

La monnaie africaine, l’invité surprise

L’actualité sur le plan économique ces derniers temps, est la frappe imminente d’une monnaie unique africaine. L’empressement avec lequel les chefs d’Etat veulent se doter d’un franc fait douter l’économiste togolais Thomas Koumou. Selon lui, le terrain n’est pas encore propice à une monnaie commune.« Je ne veux pas qu’on fasse un saut dans le vide. Je ne suis pas contre le fait qu’on ait une monnaie, mais il faut nécessairement prendre un certain nombre de mesures sur le plan technique, institutionnel, politique, macroéconomique pour réorienter nos économies avant de passer à une quelconque monnaie », soutient-il. Cette brève incursion dans le champ monétaire n’est pas anodine. L’économiste préconise prudence pour les chefs d’Etat africains afin que les conséquences n’en rajoutent aux situations de précarité que vivent déjà les pays africains. Aussi a-t-il invité les futurs doctorants à faire des thèses sur une monnaie africaine tenant compte des réalités socioculturelles du continent.

Revenant sur sa communication qui a porté sur « Gestion des ressources minières, agricoles et croissance en Afrique : paupérisation ou décollage économique », l’ingénieur en Finances internationales est revenu sur le fait que malgré les ressources minières et agricoles, le continent reste fortement dépendant de l’extérieur par des produits d’importation. Ce n’est pas demain la veille. Toutefois, l’espoir est permis et ce qui fonde la tenue du colloque.

Les deux jours du colloque ont permis au public d’être enrichi sur des thèmes variés. « Légitimité du pouvoir politique pour une Afrique démocratique »,« Caution électorale et légitimité des institutions en Afrique », « De l’Etat à l’Etat de droit démocratique : obstacles et perspectives », « Pouvoir politique et développement pour la renaissance africaine : défis et enjeux ». Les communications ont été faites par d’éminents professeurs, entre autres, Komi Kuvon, Kodjo Evlo, Hodabou Anaté, Bernard Atchrimi, Michel Goeh-Akue, Komi Wolou de l’Université de Lomé. Le colloque a également connu les interventions des professeurs Ka Mana, de la République démocratique de Congo, Victor Kouassivi Topanou du Bénin et Henri Vallot, chef du projet Pro-Cema à l’Union européenne.

Par Anani Galley, correspondant au Togo

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1 Comment on Colloque international: les universitaires et le défi de « reféconder » un Africain nouveau

  1. Bonjour Sophie, Votre intervention au récent colloque du CDHA à Aix en Provence et la lecture de votre livre durant le trajet de retour sont venus conforter cette evidence de transmettre et cette nécessité pour tous de marcher vers lavenir. Jai la chance de voir chaque mois Mers El Kebir en montant ou redescendant du sanctuaire de ND de Santa Cruz dont la restauration est bientôt achevée. Je métais rendu lan dernier au cimetière marin en compagnie de jeunes étudiants français dont le grand père de lune était jeune officier en second sur lun des croiseurs présent dans la rade lors de lattaque anglaise. Si je ne suis ni pied noir ni enfant de, ma découverte de lAlgerie depuis 2013, mes lectures sur 20 siècles dhistoire de cette terre et les apports du récent colloque me font comprendre que la transmission nest pas seulement vers les enfants de pieds noirs nés après 1962, mais aussi à lensemble de nos concitoyens? Bien à vous paperhelp

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