26 juillet 2026

De l’Algérie au Québec : itinéraire d’un immigrant, d’un écrivain et d’un citoyen

Quitter son pays ne consiste pas seulement à franchir une frontière ou à traverser un océan. C’est aussi entreprendre un voyage intérieur où les souvenirs, les racines, les épreuves et les rencontres redéfinissent progressivement notre identité. Dans son livre L’encre des deux rives, Échos d’un double voyage publié en 2025, l’écrivain Abdellah Merani revient sur plus de vingt ans d’un parcours qui l’a conduit de l’Algérie au Québec. À travers ses réflexions sur l’exil, l’intégration, la famille, l’écriture et l’appartenance, il raconte comment l’immigration a façonné l’homme, le citoyen et l’auteur qu’il est devenu. Plus qu’un récit personnel, son itinéraire invite à une réflexion universelle sur les racines, la mémoire, la résilience et la possibilité d’habiter plusieurs mondes sans renoncer à celui qui nous a vus naît.

À travers L’Encre des deux rives, Abdellah Merani explique que ce projet littéraire est le fruit d’une longue maturation plutôt que d’une inspiration soudaine. Selon lui, son parcours d’écriture s’est construit progressivement, en passant de la poésie à l’essai avant de trouver dans le récit une forme plus adaptée à ce qu’il souhaitait transmettre.
Comme il le résume lui-même : « L’idée d’écrire L’Encre des deux rives ne m’est pas venue du jour au lendemain. » Pendant plusieurs années, la poésie lui a permis de traduire des émotions, des instants et des images, tandis que l’essai lui offrait un espace pour approfondir sa réflexion et analyser différentes réalités. Toutefois, ces deux formes ont fini par lui paraître insuffisantes pour rendre compte de la richesse de son expérience migratoire.
L’auteur explique que les thèmes de l’exil, de l’immigration, de la mémoire, des rencontres et des transformations personnelles exigeaient un cadre narratif plus vaste. Sa formation universitaire en littérature française a également joué un rôle déterminant dans cette évolution. Elle lui a fourni des outils d’analyse et d’écriture qui complètent la sensibilité propre à tout créateur. Comme il le souligne, « La sensibilité est importante, mais elle ne suffit pas toujours. Il faut également des méthodes, des lectures, des références et une compréhension des mécanismes du récit. »

À cette formation intellectuelle est ensuite venue s’ajouter l’expérience de la vie. Merani établit une distinction entre les connaissances acquises à l’université et celles forgées par le vécu, résumant cette complémentarité en une formule éloquente : « L’université m’a donné les outils. La vie m’a donné la matière. » Selon lui, certaines histoires demandent des années de recul avant de pouvoir être racontées avec justesse. C’est pourquoi L’Encre des deux rives est, à ses yeux, le point de rencontre entre « la sensibilité du poète, le questionnement de l’essayiste et le regard du romancier ».
L’ouvrage s’articule autour de deux voyages complémentaires. Le premier est un déplacement physique qui conduit l’auteur de l’Algérie au Québec en novembre 2003, où il s’installe avec son épouse. Ce départ représente bien davantage qu’un simple changement de territoire : il emporte avec lui son héritage culturel, familial, spirituel et historique.

Mais, comme il l’explique, le second voyage est plus intime. « C’est un voyage intérieur qui commence bien avant le départ et qui se poursuit encore aujourd’hui. » À travers cette réflexion, l’auteur montre que l’immigration transforme le rapport à soi, à l’identité et à l’appartenance sans pour autant effacer les racines. Il affirme ainsi que « l’on peut changer de pays sans changer d’âme », les lieux d’origine continuant d’habiter la mémoire, les valeurs et le regard porté sur le monde.
Avec le recul, Merani considère que son installation au Québec relève d’un choix personnel, tandis que son départ d’Algérie s’inscrit dans une histoire collective plus vaste. Les migrations, explique-t-il, sont souvent influencées par des réalités familiales, sociales et historiques qui dépassent les décisions individuelles. Son livre met donc en lumière la rencontre entre le déplacement géographique et la transformation intérieure.

Aujourd’hui, l’auteur revendique pleinement cette pluralité d’appartenances. Il affirme être « profondément algérien et profondément africain » par ses origines, tout en considérant le Québec comme son milieu de vie et le Canada comme son pays d’adoption. Il souligne avoir découvert dans cette société un profond attachement aux droits de la personne, à la liberté de conscience et au respect de la diversité culturelle. Pour lui, ces différentes identités ne sont nullement incompatibles : « Elles ne s’opposent pas ; elles se complètent. L’une m’a vu naître. L’autre m’a permis de devenir pleinement ce que je pouvais être. »
Merani n’idéalise toutefois pas le parcours migratoire. Il rappelle que son épouse et lui ont dû composer avec plusieurs difficultés bien connues des nouveaux arrivants, notamment l’accès à l’emploi, la reconnaissance des compétences acquises à l’étranger et l’adaptation linguistique.
L’un des premiers apprentissages a consisté à découvrir les particularités du français québécois. Bien qu’il maîtrise déjà la langue française, il constate rapidement que celle-ci possède ici « ses expressions, ses références et sa couleur propre ». Son expérience dans un centre d’appels constitue alors une étape déterminante de son intégration. En étant quotidiennement au contact de Québécoises et de Québécois issus de différents milieux, il développe une meilleure compréhension des usages linguistiques et culturels de sa nouvelle société.

Cette expérience professionnelle lui permet également de perfectionner un anglais bien différent de celui appris durant ses études. Il découvre un anglais nord-américain davantage ancré dans les réalités du travail et de la vie quotidienne que dans les modèles académiques européens auxquels il était habitué.
Avant son arrivée au Canada, l’auteur connaissait déjà plusieurs pays européens, notamment la France, l’Espagne et l’Angleterre. Le Québec lui ouvre cependant les portes d’un univers culturel nouveau : celui de l’Amérique du Nord, tout en lui permettant de continuer à vivre en français.
L’un des enseignements majeurs de son parcours réside dans sa découverte concrète de la diversité humaine. En Algérie, il avait déjà côtoyé des personnes de différentes convictions religieuses, mais il évoluait dans une société où l’islam constituait le cadre majoritaire. Son immigration inverse cette situation. Devenu lui-même membre d’une minorité religieuse et culturelle, il acquiert une compréhension plus profonde des réalités vécues par celles et ceux qui ne font pas partie du groupe majoritaire.

Cette nouvelle perspective s’enrichit au fil des rencontres. Des peuples qu’il connaissait auparavant principalement à travers les livres, les médias ou le cinéma deviennent progressivement des collègues, des voisins et des amis. Cette proximité transforme son regard sur les différences culturelles et l’amène à conclure que, malgré la diversité des parcours, l’humanité partagée demeure plus forte que les distinctions qui peuvent exister entre les individus.
Cette réflexion atteint son expression la plus universelle lorsqu’il affirme : « J’ai alors réalisé quelque chose de simple : la Terre était ma maison et toute l’humanité mienne. » Loin d’effacer son attachement à l’Algérie, à l’Afrique ou à sa foi, cette conviction les approfondit. Elle lui permet de concilier l’enracinement dans ses origines avec une ouverture sincère à l’ensemble de la famille humaine.

Au fil de son parcours migratoire, Abdellah Merani dit avoir progressivement redéfini ce qui lui paraît essentiel dans les relations humaines. À ses yeux, les différences d’origine, de langue ou de croyance passent désormais au second plan. « Aujourd’hui, je crois que ce qui compte avant tout n’est ni la couleur de la peau, ni la langue, ni l’origine, ni même les croyances. Ce qui compte, c’est l’humanité, la dignité, la sincérité et le sens des responsabilités. » Il considère que cette prise de conscience constitue l’un des plus précieux enseignements de son intégration au Québec.
Lorsque lui et son épouse s’établissent au Québec en novembre 2003, ils doivent reconstruire leur vie, tant sur le plan professionnel que personnel. Très rapidement, le couple comprend qu’il sera difficile de reprendre simultanément des études tout en assumant ses responsabilités familiales. Ils choisissent donc de procéder par étapes : son épouse reprend d’abord son parcours universitaire, tandis que lui reporte son propre projet afin d’assurer une plus grande stabilité au foyer.

Avant son immigration, Merani possédait une formation universitaire en littérature française, mais son expérience professionnelle l’avait déjà orienté vers le courtage maritime et le transport international. Ce parcours lui avait permis d’améliorer son anglais, de développer des compétences informatiques et d’acquérir une vision plus large des échanges internationaux, autant d’atouts qui lui seront utiles au Canada.
Son premier emploi montréalais, obtenu en mars 2004, marque un tournant important. Il travaille dans un centre d’appels bilingue spécialisé dans la vente de produits d’assurance, les cartes de crédit et le service à la clientèle. Selon lui, cette expérience représente bien plus qu’un simple emploi : elle devient un véritable outil d’intégration. Elle lui permet de mieux comprendre les particularités du français québécois, d’adapter son anglais aux réalités nord-américaines et de découvrir la société québécoise au fil de milliers de conversations avec des clients provenant de tous les milieux.

L’auteur garde un excellent souvenir de cette période. Grâce aux bonifications liées à son rendement, il parvient régulièrement à dépasser le salaire minimum et devient progressivement l’un des meilleurs employés du centre d’appels. Il explique avoir appris à personnaliser les scénarios de vente, à répondre avec naturel aux objections et à établir rapidement un climat de confiance avec ses interlocuteurs. Pour lui, « le ton de la voix, l’écoute et même l’humour faisaient partie de mes principaux outils. »
Avec les années, il en vient à considérer ces obstacles comme des occasions de grandir. Les difficultés rencontrées renforcent, selon lui, la persévérance, la capacité d’adaptation et l’importance de la solidarité au sein du couple.

Interrogé sur ce qui lui manque le plus de son pays natal, Merani répond sans hésiter que ce ne sont pas d’abord les paysages, mais les êtres humains. « Ce qui me manque le plus n’est pas seulement un lieu ou un paysage. Ce sont avant tout des présences. » Il évoque avec émotion l’éloignement de ses parents, rappelant que les conversations téléphoniques ne remplacent jamais la chaleur d’une présence, d’un repas partagé ou d’une simple étreinte.

Le temps rend cette absence encore plus difficile lorsque les proches disparaissent. Aujourd’hui, explique-t-il, les souvenirs et la tombe de ses parents demeurent les principaux liens matériels avec ceux qui l’ont élevé. Cette réalité nourrit une réflexion plus large sur la transmission familiale.
En Algérie, raconte-t-il, les valeurs, la culture, les traditions et la spiritualité étaient transmises naturellement par l’ensemble de la communauté : la famille élargie, les voisins, l’école et la société jouaient tous un rôle dans cette éducation. L’immigration modifie profondément cet équilibre. Les parents deviennent les principaux dépositaires de cette responsabilité. Avec son épouse, il prend rapidement conscience que ce qui était autrefois porté collectivement doit désormais être transmis de manière volontaire à leurs enfants.

Au fil des années, toutefois, la nostalgie évolue. Elle laisse progressivement place à une forme d’apaisement. Merani affirme avoir compris que les personnes qui quittent leur pays emportent bien davantage que des souvenirs : elles transportent aussi leur histoire, leurs valeurs et l’héritage des générations qui les ont précédées. C’est pourquoi il considère que l’Algérie continue aujourd’hui de vivre à travers sa mémoire, son écriture, ses enfants et les enseignements reçus de ses parents.
Son attachement à son pays d’origine demeure profondément enraciné. Il se manifeste dans la langue, la culture, les valeurs familiales et la spiritualité qui continuent d’accompagner son quotidien. Comme il le résume : « On peut quitter un pays, mais on n’efface pas ce qui nous a construits. »
Ce lien s’exprime également par l’écriture, qu’il considère comme le principal pont entre son passé et son présent. Nombre de ses poèmes, essais et romans prennent appui sur les souvenirs d’enfance, les récits familiaux et l’histoire de l’Algérie. Cette mémoire constitue, selon lui, une source inépuisable d’inspiration.

Parmi ses projets actuels figure une vaste saga familiale intitulée Les Racines brûlantes. À travers plusieurs générations, cette œuvre retrace à la fois l’histoire de sa famille et celle de l’Algérie. L’auteur explique vouloir préserver cette mémoire familiale tout en transmettant aux générations futures le parcours de celles et ceux qui les ont précédées.
Son désir de maintenir un dialogue avec son pays natal ne se limite pas à l’inspiration littéraire. Il entreprend également des démarches concrètes afin d’y publier ses ouvrages. Un recueil d’essais est actuellement à l’étude auprès d’une importante maison d’édition algérienne et il souhaite également proposer son deuxième roman à des éditeurs de son pays d’origine.

Pour Merani, cette démarche dépasse largement la publication d’un livre. Elle constitue un retour symbolique vers ses racines et une façon de faire circuler ses écrits entre les deux sociétés qui ont façonné son existence. Bien qu’il vive au Québec depuis plus de vingt-deux ans, il souligne qu’une part essentielle de son imaginaire demeure profondément ancrée en Algérie. Publier dans son pays natal représenterait, selon lui, une manière de refermer un cercle tout en poursuivant le dialogue entre les deux rives.
Enfin, lorsqu’on lui demande quel conseil il donnerait à une personne qui envisage l’immigration, sa réponse est sans équivoque : « Pour une personne mariée, mon premier conseil serait de faire ce projet à deux. » À ses yeux, immigrer ne constitue jamais un projet individuel. Il s’agit d’une décision qui transforme l’ensemble de la famille et qui exige une adhésion commune, un engagement partagé ainsi qu’un solide soutien mutuel tout au long du parcours.

Pour Abdellah Merani, une immigration réussie repose d’abord sur un engagement partagé au sein du couple. Il estime qu’une telle décision ne devrait jamais être imposée à l’un des conjoints, car elle transforme profondément la vie de toute la famille.
« Je crois qu’il ne faut jamais forcer son épouse ou son époux à immigrer », affirme-t-il. Selon lui, de nombreuses difficultés conjugales naissent lorsqu’un seul partenaire porte le projet tandis que l’autre le subit. Il rappelle que les sacrifices liés à l’immigration concernent autant les femmes que les hommes. Quitter ses parents, ses proches, ses repères et son environnement d’origine représente une épreuve importante, qui peut, avec le temps, alimenter un sentiment de perte si la décision n’a pas été pleinement partagée.

L’auteur insiste également sur le fait que l’intégration s’inscrit dans la durée. Contrairement à certaines idées reçues, reconstruire une vie dans un nouveau pays demande bien davantage que quelques mois. Trouver sa place sur le marché du travail, bâtir un réseau social et éprouver un véritable sentiment d’appartenance exigent souvent plusieurs années.
À ses yeux, une préparation sérieuse constitue un facteur déterminant de réussite. Il recommande notamment aux futurs immigrants de développer leurs compétences linguistiques avant le départ. Dans un pays officiellement bilingue comme le Canada, explique-t-il, la maîtrise du français et de l’anglais représente un avantage considérable. Son propre parcours lui a démontré que la connaissance de l’anglais facilite largement l’accès à l’emploi et favorise l’intégration professionnelle.

Merani invite également les candidats à l’immigration à conserver des attentes réalistes. Le Canada offre de nombreuses possibilités, reconnaît-il, mais la réussite exige du travail, de la persévérance et une grande capacité d’adaptation. « L’immigration n’est pas une solution magique. C’est un nouveau départ qui demande du temps, des efforts et beaucoup de patience. » Avec le recul, il compare volontiers cette aventure à une course de fond : « la construction d’une nouvelle vie [est] un marathon plutôt qu’un sprint. »
À la question de savoir s’il referait le même choix aujourd’hui, sa réponse est immédiate : « Oui, sans hésitation. » Bien avant de quitter l’Algérie, il nourrissait déjà une profonde curiosité pour les autres cultures grâce aux livres, au cinéma, au théâtre et à la musique. L’immigration apparaît ainsi comme l’aboutissement naturel d’un désir ancien de découvrir le monde autrement que par l’imagination.
S’il reconnaît les sacrifices inhérents à cette décision — notamment l’éloignement de sa famille et de son environnement d’origine —, il considère que cette expérience lui a offert bien davantage. Elle lui a permis de grandir sur le plan humain, d’élargir sa vision du monde et d’élever ses enfants dans un contexte différent. Il souligne également l’influence déterminante du Québec et du Canada dans son parcours personnel.
Selon lui, vivre au sein d’une société pluraliste lui a appris à côtoyer quotidiennement des personnes de cultures, de langues et de croyances diverses dans un esprit de respect mutuel. Malgré les défis rencontrés, il ne nourrit aucun regret. « Venir au Canada fut mon choix. Quitter mon pays natal faisait partie de ma destinée. » Il estime aujourd’hui que chacune des étapes de ce parcours a contribué à façonner « l’homme, le père, le professionnel et l’écrivain » qu’il est devenu.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il aurait aimé savoir avant son départ, sa réponse prend un ton plus intime. Avec les années, il dit avoir compris que certaines distances ne se mesurent pas en kilomètres, mais dans l’absence des êtres chers.
« J’aurais aimé comprendre plus tôt que certaines distances ne se mesurent pas en kilomètres, mais en présences. » Avant son immigration, il savait qu’il quitterait sa famille, mais il n’avait pas pleinement réalisé que les appels téléphoniques ne remplaceraient jamais un regard, une étreinte ou un repas partagé.
À son arrivée au Canada, ses parents étaient encore vivants. Les années passant, il a découvert que le temps poursuivait son œuvre malgré la distance. Désormais, lorsqu’il retourne en Algérie, ses visites prennent une dimension profondément symbolique : elles le conduisent sur les tombes de ses parents, où il poursuit un dialogue intérieur avec ceux qui ont marqué son existence.

Il leur raconte son parcours, sa famille, ses joies comme ses difficultés. Cette expérience lui a fait comprendre que l’immigration dépasse largement le simple déplacement géographique. Elle transforme durablement le rapport au temps, à la mémoire et aux liens familiaux.
Parallèlement, Merani affirme avoir découvert qu’il était possible d’appartenir à plusieurs univers sans renoncer à aucun d’entre eux. L’Algérie demeure profondément présente dans sa mémoire, tandis que le Québec et le Canada occupent désormais une place essentielle dans son identité. Selon lui, les années passées à l’étranger lui ont surtout appris la valeur irremplaçable de la présence humaine. Certaines réalités, explique-t-il, semblent ordinaires lorsqu’on les vit, mais deviennent inestimables lorsqu’elles ne subsistent plus que dans les souvenirs.

En conclusion, l’auteur résume son parcours comme un double voyage : un déplacement géographique, mais surtout une transformation intérieure. Il raconte qu’en quittant l’Algérie en 2003, il pensait avant tout au pays qu’il laissait derrière lui et à celui qu’il allait découvrir. Avec le temps, il a compris que cette aventure allait également transformer sa manière de se percevoir lui-même et de regarder les autres.
L’immigration lui a appris l’humilité, la capacité de recommencer et l’ouverture à la diversité. Elle lui a aussi montré que l’identité ne se limite pas à une seule appartenance. Il affirme aujourd’hui être profondément attaché à l’Algérie, à l’Afrique, au Québec et au Canada, convaincu que ces différentes appartenances s’enrichissent mutuellement plutôt que de s’opposer.
Au fil des années, une conviction s’est imposée à lui : « la Terre pouvait devenir ma maison et […] l’humanité, dans toute sa diversité, formait une seule famille humaine. » Cette vision n’efface ni ses racines ni son attachement à son pays natal; elle les inscrit simplement dans une perspective plus large, fondée sur le respect de la diversité humaine.

Enfin, il retient une dernière leçon de cette expérience : l’immigration révèle autant la valeur des racines que celle du temps partagé avec ceux que l’on aime. Elle oblige à mesurer le prix de certaines absences, mais elle permet également de découvrir une force intérieure insoupçonnée. S’il devait résumer son parcours en une seule phrase, conclut-il, ce serait celle-ci : « Venir au Canada fut mon choix. Quitter mon pays était ma destinée. Entre les deux, il y a eu un voyage qui a fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui. »

Par Ansou Kinty

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.