Chez les Frères Sissokho, la musique n’est pas seulement un métier ni une passion : elle est une histoire de famille qui se transmet de génération en génération. Issus de la prestigieuse famille Bayana, véritable institution musicale à Dakar, les trois frères ont grandi au son des percussions, des chants et de la kora, dans un univers où jouer de la musique est aussi naturel que respirer. Réunis à Montréal après des parcours migratoires différents, ils ont fondé Les Frères Sissokho pour faire rayonner cet héritage au Québec et bien au-delà.
Invités au Festival International Nuits d’Afrique 2026, le temps d’un concert, ce 15 juillet à Montréal, les trois artistes reviennent sur leurs racines, leur profond attachement au partage, leurs nombreuses collaborations avec des figures marquantes de la scène musicale internationale et leur désir de transmettre, à leur tour, les valeurs qui leur ont été léguées. Au fil de cet entretien, ils racontent comment leur famille est devenue une véritable école de musique, évoquent leur reconnaissance envers le festival qui célèbre les cultures africaines depuis près de 40 ans et lèvent le voile sur un projet qui leur tient particulièrement à cœur : leur premier album en trio sous le nom des Frères Sissokho de Bayana.
Afrikcaraibmontreal: Vous avez formé un groupe de musique le temps d’un concert ce 15 juillet pour le festival Nuits d’Afrique. Comment ce projet aux couleurs du Sénégal est-il né?
Sadio:En fait, c’est un projet qui a toujours existé parce que nous autres, on vient d’une famille qu’on appelle la famille Bayana. Quand tu dis « famille Bayana » au Sénégal, à Dakar, tout le monde la connaît. Nous autres, on vient de là. Comme c’est notre grand frère, Noumoucounda, qui est venu ici à Montréal en premier, il m’a fait venir ici. Moi, je suis venu en 2003. Ensuite, en 2010, mon frère Fa est venu me rejoindre. Mais notre grand frère Noumoucounda faisait la navette entre Montréal et Dakar. Quand il est venu et que nous trois, on s’est réunis, on s’est dit : « Pourquoi ne pas créer un groupe qui s’appelle Les Frères Sissokho ici à Montréal? » Donc le groupe est né comme ça. Mais en Afrique, il y a aussi Bayana Family, qui est une grande famille avec des musiciens, des danseurs, des chanteurs. C’est comme une école de musique. Les Frères Sissokho sont nés comme ça.
Afrikcaraibmontreal: Votre carrière montréalaise a été mêlée au Festival International Nuits d’Afrique il y a quelques années. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce parcours? Est-ce que ce regard a changé?
Noumoucounda: Je suis vraiment fier de faire partie de l’Afrique parce qu’on a ce festival où on se reconnaît, où on sait que c’est Nuits d’Afrique. Donc le vieux, on prie pour lui, Lamine Touré, pour qu’il ait longue vie, santé, prospérité, parce que c’est rare d’avoir ce genre d’événement comme le Festival International Nuits d’Afrique dans le monde. Le festival a commencé il y a 40 ans. Et depuis que je joue lors de ce festival, je peux juste dire: » Alhamdoulilah ». Et là, j’ai joué avec mes frères, la famille. Je suis encore beaucoup plus fier de partager la scène avec mes frères.
Afrikcaraibmontreal: Le concert était annoncé sous le signe du partage. Qu’est-ce que ça signifie pour vous, le partage dans la musique, entre vous et avec le public?
Noumoucounda: Tu sais, chez nous, le partage… Nous trois, nous sommes nées de quatre mamans différentes et d’un même père. Déjà, c’est le partage. On est nés dans la même famille. Nous sommes tous les trois d’un même père. On est tous du même père alors que nos mamans sont différentes. C’est ce partage-là que nos mamans nous ont transmis et que nous transmettons à tout le monde à travers notre musique. Parfois, on invite les gens. Chez nous, tu ne sais pas qui est qui tant qu’on ne te l’a pas dit. Ça, c’est déjà le partage. Partout où on va, on représente notre musique, que ce soit dans les Caraïbes, en Amérique, en Europe ou en Afrique.
Afrikcaraibmontreal: Vos carrières respectives sont jalonnées de nombreuses collaborations avec différents artistes. Est-ce qu’il y en a qui vous ont particulièrement marqué?
Noumoucunda: Comme je l’ai dit, dans la famille, on a collaboré avec les plus grands noms de la musique en Afrique, en Amérique et en France. On peut même nommer Stromae…
Fa: Moi, j’ai collaboré avec Patrick Messo, Daniel Bélanger, avec plein d’artistes, Mélissa et tout. On a gagné beaucoup trophées ici. C’est ça, tellement on ne peut pas tout dire.
Afrikcaraibmontreal: Pouvez-vous me raconter comment s’est passé le début de votre carrière musicale?
Noumoucounda: Mais on est là-dedans. Il n’y a pas eu de début. On est nés dedans. On a trouvé papa qui joue, maman qui chante et qui danse. Quand tu vas à Dakar, il y a une école. Ce sont nos petits-enfants qui y jouent de la musique maintenant.
Fa: Moi, je suis allé à Dakar après avoir fait 14 ans ici. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai vu mon petit-enfant jouer! On est nés là-dedans.
Afrikcaraibmontreal: Est-ce que vous avez envisagé d’autres collaborations dans le futur?
Noumoucounda: On ne sait jamais parce que nous, on partage. Donc on attend les collaborations. On a aussi un projet à préparer : notre propre album à trois, auquel on est en train de penser. Donc, Inch’Allah, si tout va bien, on va vous le présenter. Ce sera Les Frères Sissokho de Bayana au Canada.
Afrikcaraibmontreal: C’est noté. Merci pour cette entrevue!
Propos recueillis par Debora Seye