La musique a ce pouvoir singulier de rapprocher des univers que tout semble opposer. En réunissant la kora du Sénégal et la contrebasse jazz québécoise, Zal Sissokho et Laurent Perrault-Jolicoeur démontrent que les frontières musicales ne sont souvent que des lignes imaginaires. Sorti en automne 2025, leur album Racines est bien plus qu’une rencontre entre deux instruments : il célèbre un dialogue entre les cultures, les traditions et les générations. Dans cette entrevue accordée à AfrikCaraibmontreal dans le cadre du festival Nuits d’Afrique 2026, à Montréal, les deux musiciens reviennent sur la naissance de cette collaboration, l’héritage africain du jazz, leur vision du partage musical et les nouveaux horizons qu’ils souhaitent explorer ensemble.
Afrikcaraibmontreal. :Bonjour Laurent, bonjour Zal. Aujourd’hui, vous allez faire un concert dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique. Est-ce que vous pouvez me parler de votre expérience du festival en général, de ce que vous en pensez ou de votre appréciation?
Zal Sissokho. : En ce qui est de ma part, c’est un festival que je connais très bien. Je suis là depuis quelques années et j’ai eu la chance, chaque année, de pouvoir présenter un projet. Alors cette année, c’est avec un grand plaisir que je viens présenter Racines. Et puis voilà, on est tout prêts.
Laurent Perrault-Jolocoeur: Moi, c’est sûr que Zal connaît Nuits d’Afrique depuis plus longtemps que moi.
Ça commence quand même à faire quelques années que je viens régulièrement au festival pour entendre des concerts. Moi, personnellement, c’est ma première fois que je joue au festival. Je suis honoré de pouvoir être là. Ça va être un beau concert.
Afrikcaraibmontreal: Donc, en novembre 2025, vous avez présenté votre album Racines. Comment est-ce que l’idée est née de faire une œuvre musicale ensemble?
Laurent Perrault-Jolicoeur: C’est moi qui ai écrit à Zal pour ce projet-là. Je finissais mon baccalauréat en 2022, en contrebasse jazz. À ce moment-là, j’ai voulu travailler sur un mélange de
musique ouest-africaine puis de jazz. Fait que j’ai écrit à Zal au printemps 2022. On a joué ensemble pour la fin de mon baccalauréat, puis on a recommencé à jouer ensemble à partir de l’automne 2022, puis au printemps 2023.
Afrikcaraibmontreal: Dans plusieurs des chansons de l’album, vous avez beaucoup fait parler la kora et la contrebasse au détriment des paroles. Est-ce qu’il y a une idée spécifique derrière ça?
Est-ce qu’il y a quelque chose qui explique ce choix-là?
Zal Sissokho: Non, pas forcément. Moi, je pense que la musique, c’est toujours le partage. Et ces deux instruments se marient très bien aussi. Alors l’idée de Laurent, au départ, c’était de
l’accompagner dans son récital. Puis, par la suite, ça a mijoté. Tous les artistes, quelquefois, certaines rencontres nous inspirent pour pouvoir aller un peu plus loin, et c’est vraiment ça.
Laurent Perrault-Jolicoeur: Beaucoup des pièces qui sont purement instrumentales sont de ma composition.
Puis je pense que c’est parce que, moi, comme je viens d’un background d’instrumentiste jazz, j’ai pas l’habitude d’écrire pour la voix ni d’écrire des paroles. Ça fait que ça me vient plus naturellement d’écrire de la musique instrumentale.
Afrikcaraibmontreal: Ça rejoint justement ma prochaine question, puisque les deux instruments
n’appartiennent pas vraiment au même milieu musical. Est-ce que c’était facile de composer des chansons avec les deux instruments? Comment est-ce que cela s’est passé?
Zal Sissokho: Ah, très facile. Ça, c’est sûr que oui. On a fait quand même une coupe de
rencontres pour savoir où est-ce que nous voulions aller, où est-ce qu’on voulait s’aligner. Mais c’est deux instruments qui se marient très, très bien. Et puis ça s’est super bien passé.
Laurent Perrault-Jolicoeur: Puis, c’est deux traditions qui sont différentes, mais qui sont parentes quand même. C’est sûr que les racines du jazz viennent d’Afrique. Donc il y a des liens qui se font, qui sont encore présents dans la musique, qui font que ça se marie bien.
Zal Sissokho: La collaboration a été vraiment plus facile pour arriver à ce résultat.
Afrikcaraibmontreal: Du coup, est-ce qu’il y a un message à faire passer à travers cette collaboration, au-delà même de la musique?
Zal Sissokho: Pour moi, le message que j’entends là-dedans, c’est que tout est possible. En musique, c’est le partage. Puis, comme Laurent vient de le dire, toutes ces musiques-là… la musique occidentale, comme ils le disent ici, le jazz, le hip-hop ou bien le blues, tout ça, ses origines viennent de l’Afrique. Alors marier les instruments africains avec ces instruments-là, c’est très facile, parce qu’on se croise quelque part. Il y a quelque chose qui nous lie depuis longtemps.
Laurent Perrault-Jolicoeur: Je pense que c’est beaucoup ça. C’est tout ce qui nous lie les uns aux autres, musicalement, mais aussi en tant que communauté, puis entre personnes, puis la curiosité
qu’on a les uns envers les autres.
Afrikcaraibmontreal: Est-ce qu’après Racines, vous avez prévu de travailler encore ensemble? Est-ce qu’il y a d’autres projets musicaux qui s’en viennent?
Zal Sissokho: C’est sûr que ce projet est parti pour continuer. Durant l’automne, on va être en tournée dans les Maisons de la culture. Puis, il y a d’autres projets qui s’en viennent aussi.
Et pourquoi pas un deuxième album? Quand il y a une collaboration où il y a une belle entente, une belle chimie, je ne vois pas pourquoi on devrait l’arrêter.
Laurent Perrault-Jolicoeur: On n’a aucune raison d’arrêter.
Zal Sissokho: C’est vraiment ça.
Propos recueillis par Debora Seye