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Taïro : « Je voudrais conquérir le public québécois »

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Il a grandi avec des refrains de reggae qu’il a fredonnés durant toute son enfance : Tairo, de son vrai nom Ismaël Jolé-Ménébhi, est un chanteur-auteur-compositeur et interprète d’origine franco-marocaine. Dans l’interview qui suit, il nous raconte, avec beaucoup de passion, son parcours. L’un de ses projets : participer à l’un des festivals de Montréal. L’un de ses rêves: conquérir le public québécois.

Souad Belkacem :Très jeune, Taïro s’est imaginé sur scène, scander des textes de reggae. J’imagine que votre passion pour cette musique n’est pas un hasard. Racontez-nous…

Taïro: Effectivement, le choix du reggae n’était pas un hasard. Il y a eu deux raisons principales. Disons que durant mon enfance, ma mère avait une platine vinyle. Elle avait participé au mouvement de 1968 et possédait une panoplie de disques de cette époque, notamment ceux de reggae qu’elle écoutait souvent en ma présence ; car le fait de me voir bouger au rythme jamaïquain l’amusait. Donc, ces décibels qui sonnaient à mon oreille m’ont accompagné durant toute mon enfance. Deuxième raisons : mon père était, la même période, un révolutionnaire politique marocain qui a fait quatre ans de prison et était président de l’Unem (L’Union des Étudiants Marocains). A cette époque, le discours du reggae, particulièrement celui de Bob Marley, correspondait tout à fait à ses combats. J’y ai été imprégné dès mon enfance, puis durant mon adolescence. Et c’est ainsi que j’ai cultivé au fil du temps l’amour pour cette musique…

Vous êtes issu de la scène dancehall reggae. Pouvez-vous nous en dire plus?
Jeunes et passionnés, moi et mes amis n’avions pas forcément à notre portée des instruments de musique. Nous avons vu arriver le hip hop et le reggae en France dans les années 90 ; nous écoutions des morceaux interprétés par des gens qui nous ressemblaient et …nous voulions faire la même chose. Le dancehall nous le permettait. C’était l’un des rares endroits où nous pouvions chanter sur scène devant un public en présence d’un Dj qui faisait défiler nos morceaux préférés. Il faut dire que c’était un dur labeur, car internet n’existait pas et on ne pouvait se faire connaître qu’en se présentant sur scène. Il fallait, certes, faire un peu de reggae à priori, mais il s’agissait de scènes ouvertes et on pouvait y accéder avec un minimum de qualité et d’énergie. Tous aussi mordus de reggae les uns que les autres, nous étions arrivés tant bien que mal à se frayer une petite place. Nous n’étions pas forcément accueillis à bras ouverts mais il fallait montrer ses preuves et c’est de cette façon qu’on a appris à faire de la musique sur scène et à jouer. Nous étions immergés dans le monde du reggae et cela nous a aidés à évoluer.

Est-ce en cette période que vous avez créé avec vos amis le groupe les Youthmen Ten?
En fait, le groupe les Youthmen Ten a été créé juste avant de se produire sur la scène dancehall. Nous l’avons créé à l’école que nous fréquentions. C’était en 1993 plus exactement, année où nous avons répété jusqu’à ce que l’occasion de monter sur scène se présente.

Vous vous séparez trois ans après. Une séparation qui mène droit vers le succès, puisque Taïro est né à cette période. Pourquoi cette séparation?
Nous étions jeunes et tous chanteurs ! Il y avait une espèce de compétition et il fallait avancer. J’étais tellement passionné par la chanson que je voulais voler de mes propres ailes et chacun avait fait pareil. J’avais déjà choisi le pseudonyme Taïro.

Pourquoi Taïro? Que signifie ce pseudonyme?
Les chanteurs jamaïquains avaient tous un pseudo et j’en voulais un avec un sens qui me convenait. En ouvrant bêtement un dictionnaire franco-anglais, je suis tombé sur le mot anglais tyro qui veut dire néophyte, novice, apprenti ou débutant. Je l’ai transformé en Taïro, car j’aimais bien la prononciation, le sens et les sons.

Et vous considériez-vous comme un néophyte, à cette époque?

Je l’étais effectivement. Aujourd’hui, je continue de revendiquer ce statut. Bien que je ne sois plus un débutant, j’apprends à chaque fois que je compose un morceau. Ce positionnement me permet d’avoir une position à la fois humble et perfectionniste vis-à-vis de la musique. Cela me convient tout à fait.

Akhenaton le rappeur du groupe IAM, pilier du rap français, organisait le casting de la BO du film Taxi2. Il vous remarque et vous offre l’opportunité de participer au projet. Etait-ce vos premiers pas vers le succès ?
Après le groupe Youthmen Ten, j’ai continué à faire des petites productions sur scène. Un jour, on me propose un manager. J’avais à peine 18 ans et sincèrement, j’étais flatté qu’on me fasse une telle proposition. J’accepte sans hésiter. Je fais une maquette dans un studio, à raison de sept morceaux dans le profil 45 tours jamaïquains. La maquette fait le tour au moment où on proposait à Akhenaton de réaliser la BO de Taxi 2. Et de fil en aiguille, les choses ont suivi leur cours et je me suis retrouvé une deuxième fois, en peu de temps, dans un studio.

Ainsi soit-il est l’avant dernier album qui a eu un franc succès. Qu’en est-il du dernier intitulé Street Tape4 qui n’a pas détrôné son précédent?
Ainsi soit-il a été fait en 2013 et le dernier Street Tape en 2014. Le succès de l’avant dernier album revient en partie à la qualité du disque. L’investissement créatif et financier était moins important sur les différents Streep Tape que celui misé sur l’album Ainsi soit-il. Celui-ci a été un travail plus long. J’avoue que je m’y suis plus investi et j’y ai passé beaucoup plus de temps.

Avant de débuter dans la chanson reggae, vous avez joué dans Le jeune Werther, un film de Jacques Doillon … Cette expérience ne vous –t-elle pas tenté de devenir acteur?
En effet, j’ai décroché à l’âge de 13 ans le premier rôle de ce film de catégorie cinéma d’auteur. J’étais très jeune et le fait de voir mon visage sur les murs de Paris, m’a effrayé. Je me suis rendu compte que cette notoriété n’était autre qu’une fabrication d’un système médiatique et publicitaire. A ce moment même, je rencontre la musique et je tombe amoureux de ce monde. Le cinéma m’a permis de croire en moi mais cela ne m’attirait pas spécialement. J’y pense parfois mais je préfère me concentrer sur mon métier de musicien.

Des projets pour Montréal?

Je suis actuellement en tournée en France et à l’étranger. J’essaie avec mon groupe de produire des albums au Canada et conquérir ainsi le public canadien, particulièrement québécois francophone. Je projette également faire des concerts. Il faut juste trouver un promoteur qui investirait sur le groupe. J’adorerais visiter le Québec!

Propos recueillis par Souad Belkacem

Discographie de Taïro
2007 : Street Tape
2009 : Chœurs et Âme
2011 : Street Tape Vol.2
2012 : Street Tape Vol.3
2013 : Ainsi soit-il
2014 : Street Tape Vol.4

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