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Sénégal : Que deviennent les boursiers haïtiens ?

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Après le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, le président sénégalais Abdoulaye Wade a accordé des bourses d’études à 163 jeunes haïtiens. Cette décision a été prise en signe de solidarité avec le peuple haïtien. Huit ans après, il y a un mutisme total concernant ces boursiers. Où sont-ils passés ? Que sont-ils devenus ? Face à toutes ces questions, certains de ces jeunes décident de sortir de leur silence.

C’était le 13 octobre 2010 qu’ils ont quitté le pays à bord d’un vol charter affrété par le Sénégal. Accompagné de deux ministres haïtiens, celui de la jeunesse Evans Lescouflair et de la Condition féminine Marjorie Michel, ainsi que quelques fonctionnaires du gouvernement et de journalistes haïtiens. Ces jeunes, qui ont déjà bouclé leurs études, sont pourtant de retour en Haïti en quête d’un emploi. Toutefois, peu avant leur départ, l’Etat haïtien avait pris l’engagement de les intégrer dans l’administration publique à leur retour.

Détenteur d’une licence en sciences économiques et une maîtrise en finance et banque à l’Université de Thiès, Bisley Revol est de retour au pays depuis août 2017. Il dit avoir envoyé plus d’une soixantaine de CV à des institutions tant publiques que privés, mais jusqu’à date toutes ces démarches se sont révélées vaines. Il faisait partie des 30 boursiers haïtiens admis dans cette université. Toute comme lui, la majorité d’entre eux sont de retour au pays. Eux aussi peinent encore à trouver un emploi malgré les maintes tentatives.

«Après mes études au Sénégal, je n’ai pas vraiment envie d’y rester, car je voulais me mettre au service de mon pays. A mon arrivée ici en Haïti, la réalité me frappe en plein visage et le regret que je ressens est sincère. Je pouvais rester là-bas, je travaillais comme assistant de recherches à l’université. Mais le désir de servir mon pays a pris le dessus. Maintenant, je suis ici. J’ai l’impression que le pays n’a pas vraiment besoin de mes compétences», a témoigné Bisley Revol, regrettant que l’Etat haïtien n’ait pas tenu ses promesses. Cependant, Il affirme avoir signé un document qui a fait mention d’intégration de ces jeunes à leur retour.

Quant à Frandy Siméus qui était à l’Université Dakar Bourguiba, lui aussi est retourné au pays depuis 2017. Détenteur d’une maîtrise en droit des affaires, et management des ressources humaines, il se dit indigné également du fait que l’Etat haïtien n’a pas pu tenir ses promesses en dépit des engagements pris au départ concernant leur intégration dans la fonction publique une fois rentré au pays.

« J’étais boursier du gouvernement sénégalais. Après mes études, j’étais contraint de retourner dans mon pays avec l’idée que l’Etat va tenir ses promesses. Je suis ici depuis environ huit mois et je suis toujours en quête d’un emploi », se plaint-il.
Parallèlement, parmi des centaines de jeunes haïtiens qui ont pu bénéficier des bourses après le tremblement de terre, nombreux d’entre eux a dû retourner à l’étranger pour mettre leurs compétences au service d’autres pays ou institutions internationales vu que l’Etat haïtien n’a pu créer les cadres nécessaires pour les accueillir.

Ces jeunes qui sont de retour sept ans après, peine à trouver un emploi soit dans le secteur public ou dans le secteur privé. Il y en a parmi eux qui veulent créer leur propre entreprise mais par manque de financement, ils ont dû abandonner. Malgré leurs déceptions, ces jeunes se disent confiants à l’idée de trouver un emploi pour mieux gagner sa vie.

Par Mackenson PIERRE LOUIS, journaliste, graphic designer et blogueur.
pilmak28@gmail.com

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