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Opinion/L’ancien président du Sénégal n’a pas encore dit son dernier mot

Abdoulaye Wade, Président du Sénégal (2000 - 2012)
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Le combat de Modou Diagne Fada s’inscrit en définitive dans une logique d’exclure Abdoulaye Wade (président du Sénégal 2000 – 2012) des structures du Parti démocratique sénégalais (PDS). Il est question de renouveau, de succession, mais surtout de course pour le plan B. « Wade a tout fait. Le moment est venu de passer la main, il doit sortir de la scène politique », a dit Diagne Fada. Le prétexte du cas de force majeur postulera le pape du Sopi en protecteur si la direction du parti reste entre ses mains. Voilà qui justifie tout intérêt de Macky Sall dans la tentative des frondeurs à écarter définitivement toute candidature tapageuse de Wade, redoutable catalyseur.

Macky Sall a du souci à se faire. Jusque-là rentable pour avoir paralysé l’opposition, sa stratégie accouchera du géant Wade. Il a réussi son coup en ceci qu’aucun de ses adversaires connus n’aura assez de temps d’ici à 2017 pour le défaire. Ses tergiversations sur la date des élections ne visent qu’à décontenancer l’opposition. Il a tout intérêt à ce que les élections se tiennent en 2017, bien avant que le niveau d’exaspération ne soit critique. Pourtant, il risque d’obliger le mastodonte déchu et invalidé beaucoup trop vite. Fatal coup du maître, Wade père jouera son va-tout, faute de mieux, faute de vengeur magistral.

L’opposition sénégalaise se démène, prise de court par le flegme du chef de l’État usant des moyens de l’État et de l’état de justiciable de ses rivaux. Idrissa Seck est trop occupé à sauver les meubles, secoué par des départs déchirants. Khalifa Sall s’essouffle dans l’attente d’une improbable intronisation. Karim Wade éprouve encore les affres de l’inimitié déguisée en poursuite et procédure. Abdoulaye Wade n’a pas encore dit son dernier mot, il peut bel et bien se présenter en mode président d’honneur, c’est-à-dire ralliant autour d’un projet alternatif les sectateurs et les vilipendés et les pressés.

N’est-ce-pas étrange que le du Parti démocratique sénégalais ne fasse pas trop cas de la tenue des élections conformément à la promesse électorale du candidat Macky? Le plan B du parti, c’est au mieux : Wade père en lieu et place de Wade fils. À la guerre comme à guerre, c’est une question d’efficacité et de triomphe. L’opposition disloquée donne une longueur d’avance à Mister Macky à la seule condition que les potentiels candidats demeurent les mêmes. Ainsi, le jeu politique restera invariablement intoxiqué des transhumances fracassantes, des procès épuisants et du dégoût de l’opinion.

Macky Sall tire avantage sur tous les autres, fort de son statut de chef de parti au pouvoir et du cynisme généralisé des populations lassées. Leurs frustrations se sont toujours traduites en colère contre les gouvernants. Plus maintenant, la confusion dans les rôles a fini par perdre l’opinion si bien qu’elle envoie dos à dos le pouvoir et l’opposition. Sera pris qui croyait prendre. Dans ce contexte de platitude du champ politique, seule une figure emblématique de la trempe d’Abdoulaye Wade est à même de raviver l’engouement et l’enthousiasme du public.

Les sénégalais en sont arrivés à perdre foi en la classe politique jusqu’à se résigner à la fatalité du système d’accaparement indestructible. Mais, c’est sans compter avec la possible candidature d’Abdoulaye Wade, charismatique comme tout. Il n’aura pas le choix que de se renouveler parrain et rassembleur des fraternités ne serait-ce que pour réhabiliter Karim, successeur ciblé. En sauveur, il est prévisible que le pape du Sopi s’empare de l’espace politique inoccupé pour déployer un baroud d’honneur, pour remettre des malappris à leur place.

Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

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