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Opinion/Algérie: Les zaouias de l’ex-ministre M. Chakib Khelil

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Sincèrement, j’essaie de comprendre la signification de la tournée de Chakib Khelil dans les Zaouïas du pays. Chakib Khelil, un ex-ministre de l’énergie, contre qui un mandat d’arrêt international a été émis en mois d’août 2013, dans le cadre du scandale de corruption de la Sonatrach (entreprise public de pétrochimie et du gaz).
Le danger écarté, le responsable de la fameuse institution militaire nommée « sécurité militaire » a été forcé par le clan du président à démissionner. Comme par hasard, quelques mois après, l’ex-ministre revient par la grande porte. Au lieu de passer en justice , il a commencé son périple des zaouïas. C’est quoi la portée symbolique, mystique, sociologique et politique de ses visites?

J’avoue que j’ai une idée assez sommaire sur la question; le peu de chose que je connais sur ces lieux se résume comme suit:
1-Sûrement à l’aube de l’islamisation de l’Afrique du nord , ce genre de lieux ne pouvait que servir l’Islam et sa propagation dans les milieux ruraux et les contrées lointaines.
2-Après, cela est devenu un lieu de savoir où les autochtones vont apprendre le coran, les rudiments du fiqh et de la sounnah pour devenir des imams des nouvelles mosquées construites à la gloire de Dieu dans les villes et les villages.

3-Quand le colon français a foulé la terre algérienne, ces lieux-là sont devenus des foyers de résistance d’où partaient les combattants en guerre contre l’envahisseur. À l’époque, le mot prenait tout son sens littéraire, idéologique et religieux .C’était le djihad pour les pratiquants, mais aussi un devoir civil pour le reste de la population qui ne comprenait pas grand-chose en cette religion qui est l’islam.

4-Comme les Français ont vite compris d’où venait la résistance, ils ont essayé, au départ, de neutraliser la religion ce qui a fédéré les plus « indigènes ». Alors, ils ont introduit des gens qui travaillaient pour eux pour introduire de l’intox. Ils ont commencé par limiter l’accès au savoir. La plupart des gens se contentaient d’apprendre le coran par cœur sans comprendre la signification. Cela a donné, par la suite, des marabouts et des mausolées. Ils priaient Dieu, mais ils ont créé des intermédiaires. La flamme s’est éteinte petit à petit. L’ignorance et l’analphabétisme ont pris le dessus .

5-Mais à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, les mosquées et les madrassas (écoles) avaient pris le relais; le rapport de force a basculé en faveur de ces dernières.

6-Après l’indépendance, les zaouïas ont été réduites au silence. C’était plus du folklore; des lieux sont restés figés, inertes face à la nouvelle ère, aux nouveaux défis. Maintenant, le savoir religieux s’enseigne dans les écoles(pour l’acquisition de la base) et dans les universités pour des connaissances plus approfondies.

7-L’apparition des différents mouvements islamiques, comme « les Frères musulmans » ont donné le coup de grâce à ce qu’il restait comme rôle et prestige à cette entité. Dépassée, condamnée à la réclusion sociologique et politique, la zaouïa s’est renfermée sur elle-même. Durant la décennie noire , le terrorisme l’a presque réduite en cendre. C’est avec le retour de l’actuel président au pouvoir, monsieur Bouteflika que les zaouïas ont été réhabilitées de point de vue politique, dans l’espoir peut-être de prendre le dessus sur les autres institutions où la religion est leur chasse gardée, j’allais dire leur gagne-pain. Je ne sais pas si Chakib et notre président savent que la zaouïa n’a aucun ancrage sociologique, politique ni influence religieuse sur la majorité du peuple.
Donc, continuez monsieur Chakib à faire la tournée. Allumez les bougies dans les mausolées. Demandez aux marabouts auprès de Dieu en votre faveur pour effacer tous vos péchés commis ici et là-bas.

Par Abdellah Merani

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