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Opinion: Saint-Valentin par-ci, Saint-Valentin par-là

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Discret et rabat-joie comme tout, grand-père a vu juste sur les finalités, aujourd’hui négligées, des unions de cœur. Comme en amitié, la vie de couple est affaire de bohèmes intrépides raccordant sans cesse leurs violons. S’aimer pour le meilleur et pour le pire requiert davantage de dépassement, de dévouement et d’arrangement que les seules flammes dédicacées puis condamnées à l’étiolement par des cas de force majeure. L’amour transparent, l’amour angélique, l’amour chef-d’œuvre est hantise, frénésie et revendication de sainteté.

Nous sommes appelés à évoluer puis à vouloir changer notre partenaire à tout prix pour perpétuer l’approbation fortuite du commencement de l’amour ensorceleur. À force d’éprouver sa capacité d’adaptation à notre tempérament volage, des cassures s’opèrent, des reproches s’intensifient et le couple bascule malaisé. Ce n’est pas tant la faute de l’un ou de l’autre que l’écart dans les efforts d’accomplissement qui perturbent la quiétude du ménage. Les divergences s’accentuent et braquent les tourtereaux en chiens de faïence comme des défis récurrents à relever.

Se marier pour exprimer son amour versus se marier pour donner sens à sa vie, voilà ce qui distingue de grand-père, lucide, judicieux et authentique trouble-fête. Il a compris que la vie de couple n’est point consécration ponctuelle d’une flamme, il est jonction simple de deux utilités appelées à s’honorer. Le désir partagé et protégé de fonder une famille, de la fortifier et de s’y fondre ensemble lui paraît, après tout, en être l’ultime et raisonnable mobile. Quand boy-town a finalement compris la liberté du vieux sage face à l’imposture de l’attachement hasardeux, il était déjà embourbé dans la boue idyllique, captif de son imagination rose bonbon.

Dans son livre « Roméo et Juliette », il est question d’envie et d’ardeur, jamais de détermination, jamais de contrariété, pas même de renoncement. L’histoire de deux êtres qui se prolongent enchaînés et solidaires pour de bon y est apprise avec comme méthode d’isoler tout indice d’abattement, tout tempérament imprévu. Traduit regard et galipette, l’amour y est représenté par une ivresse infaillible, fantastique et jouissive à toute épreuve. Il s’abreuve et s’enduit de baisers compulsifs, de fleurs senties et d’entrelacements appliqués et pressants.

Grand-père n’y voit que manifestation sournoise du désir, déclic et dépotoir des ferveurs ardentes. Pour être viable, la vie de couple exige surtout concordance et coïncidence de deux objectifs en mouvement entre autres innombrables triomphes ponctuelles et renouvelées de promiscuité. Avancer pas à pas, au même rythme et rester attentifs aux démons de la survie, ordonnateurs de privations et d’accommodations. Facile! Quand tout est régenté et immobile : une femme résignée, énième gardienne des valeurs; un homme pourvoyeur, protecteur et responsable de la subsistance.

“Aspiration vers les choses bonnes et vers le bonheur, voilà l’Amour”, assènent Roméo et Juliette, chroniqueurs des heures de joie. Faux! Il est question de deux humains versatiles aux proies à des collisions et de répercussions ensuite inattendues, vers l’objectif ultime du deuil de la pureté. Mari et femme se découvrent au fur et à mesure de leur initiation interminable à la vie et doivent, à chaque fois, s’accorder ou se désunir.

Souvent, le couple rechigne par lâcheté devant l’exigence émancipatrice de surmonter les contradictions par une entente ou par une rupture. Alors, surviennent souffrance et persécution. Il ne reste plus qu’à vivre en désespoir de cause, par le mépris et pour la galerie. Dépassés, les amoureux devenus associés, sont victimes du changement des priorités et du déplacement solitaire des centres d’intérêt. Pas de fautifs, pas de coupables, ils se découvrent liés par des engagements caducs et se projettent dans de nouveaux entraînements poignants et malcommodes.

Birame Waltako Ndiaye
waltacko@gmail.com

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