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King Abid, le roi esclave aux Nuits d’Afrique

Connu sous le nom de King Abid, Heythem Tlili débarque il y a 15 ans à Montréal en provenance de Tunis et s’est fait une place sur la scène montréalaise. Nous l’avons rencontré au festival Nuit d’Afrique 2017, avant son spectacle à la Sala Rossa, à Montréal.

Africkaraibmontréal : parlez-nous de vos débuts…
King Abid : Rien n’était facile avec la dictature de l’époque. Il n’était pas évident de s’exprimer durant le régime de Ben Ali, dont la dictature a créé des cellules rebelles qui résistaient au pouvoir en place. L’élite tunisienne de l’époque s’enfermait dans des groupes pour s’exprimer et faire de la musique. Ce n’était pas l’Iran d’aujourd’hui, mais il n’en demeure pas moins que les choses n’étaient pas évidentes pour nous les artistes.

À cette époque, j’ai commencé dans le hip hop comme AbidBoss pour plonger en 2012 dans le reggae et passer à Général Abid Boss pour devenir King Abid d’aujourd’hui.

Il n’y a aucune hiérarchie de carrières, car j’ai pu avoir des rôles de reggaeman de rastaman de jeunesse (rire) et j’ai évolué tout doucement. Il faut dire que j’ai évolué avec le groupe Movèzerbe. Aujourd’hui, j’accompagne souvent le grand Karim Ouellet lors de ses concerts.

Faisiez-vous partie de la communauté résistante?
Nous avons résisté à notre façon, mais j’ai dépassé ce stade d’être rebelle. Je suivais les pas de Bob Marley. J’ai toujours aimé le reggae avec tout ce qu’il véhicule comme messages engagés.
Cela dit, les sujets que je choisis peuvent changer d’un morceau à un autre, mais il y a toujours, c’est certain, un message à transmettre. Dans la chanson Fatouma, j’invite les mamans à quitter la cuisine et se séparer de leur tablier pour sortir et vivre une vie de femme. L’émancipation de celle-ci est, entre autres, l’un des sujets les plus apparents dans mes chansons. C’est un sujet que je défends continuellement.

Quelle est votre chanson qui dérange le plus?
Rouli rouli (roule roule), sortie en 2015, évoque la consommation du hach. La loi 52 en vigueur en Tunisie depuis 1992, pénalise sévèrement les jeunes qui fument des joints et injustement ceux qui accompagnent les fumeurs. Beaucoup de jeunes, souvent travaillant pour subvenir aux besoins de leur famille, se sont trouvés en prisons. Cette chanson est une sorte de dénonciation, donc elle dérangeait.

Comment peut-on définir la musique de Abid?
Je dirais du reggae dancehall. Ce qui m’inspire le plus c’est le son du reggae jamaïcain auquel je rajoute une touche électro moderne. Je n’ai rien inventé, mais j’aime mélanger entre modernité et traditionnel en utilisant des instruments organiques tunisiens. J’utilise ces derniers temps plus de derbouka de bendir, histoire de rester fidèle à notre Afrique du nord.

Pourquoi le nom de scène King Abid?
Le pseudo n’a rien à voir avec la royauté classique comme nous l’entendons, mais dans le jargon du reggae, on se donne souvent des noms drôles comme King, Caporal, Général… et puis King sonnait merveilleusement avec Abid qui veut dire esclave. Ce qui donne le roi esclave. C’est en plus mon surnom de jeunesse et je me suis autoproclamé roi de mon royaume où tout le monde est roi et reine. Un royaume où l’on bannit les frontières…

Des projets?
Bientôt un clip de la chanson bakbakchicha (le narguilé) qui sortira dans un mois. La chanson parle de la folie tunisienne et de la place du narguilé dans la société.

Propos recueillis par Souad Belkacem

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