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Le poète public: Mais que vont chercher les passants chez Prévert…Oups! Chez Robert ?

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On connaissait déjà Aimé Césaire, Jacques Prévert, Victor Hugo, pour ne citer que ceux-là, comme les grands faiseurs de la poésie contemporaine. Mais encore plus proche de notre époque, Émile Nelligan, Dany Laferrière, et maintenant Robert Séguin qui suit les pas de ses idoles. Au fil de ses journées, ce dernier confectionne les poèmes à la hauteur des histoires vécues par les passants curieux d’entendre la vie autrement.

Pas besoin d’aller réveiller Jacques Prévert pour entendre les paroles poétiques. Quelque part à Montréal il est né le très spécial poète public. Son nom: Robert Séguin. Regard vert clair, environ deux mètres de hauteur dans un pantalon bleu marine et chemise blanche, le tout avec un nœud papillon qui pourrait inciter d’aucuns à penser que la belle époque c’est ici, et maintenant avec ce jeune écrivain au coin de la rue. Robert semble très bien assumer ses bouts de papier et sa machine à écrire posée sur une valise qui lui sert de table.
Poète public depuis le début de cet été, il part du constat que les mots devraient être employés avec attention et tendresse afin d’apporter un certain apaisement aux personnes qui seraient tentées par de tendres parenthèses poétiques.

UN TEXTE POÉTIQUE FAIT SUR MESURE COMME UN BAUME AU CŒUR

Si le parolier condamne les mots qui restreignent certains faits ou réalités — ceux qui perdent de leur sens à la longue — il réussit à s’envelopper de la liberté prônée par la poésie pour apporter sa propre signature, d’aller au-delà de ce que le public peut attendre de lui. Et son public : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Pour parler de quoi ? Eh bien, ce natif de Rigaud ouvre les portes de sa poésie pour parler autrement d’amour, de ruptures, de peur, de maladie, de l’instant présent, etc. Les portes de sa poésie, selon lui, se plaisent tout simplement « à enlever les inhibitions », à s’abstenir « d’expliquer les choses ou de parler », et qui ne trouvent leur nécessité et leur essence que dans la simple évocation du « chant », explique l’écrivain. Parce que ce dernier croit ferme que la poésie est un combat mené contre le pouvoir limitatif de la pensée.
Comme un peintre fait sa toile tel Robert crée des poèmes en fonction des histoires de chaque passant. Rien de moins, rien de plus.

Ta poésie de la sagesse et du courage
Gravée dans le papier sacré de ta peau
À la fierté et la force de tes ancêtres
Ta poésie de la sagesse et du courage
Grammée dans la fine fleur de ta peau
À la parole des choses froissées
Combien d’aveux, combien de mots d’amour
T’ont démangé le bout de la langue
Et que tu n’as pas pu dire
Parce qu’il y en a qui n’ont pas appris à lire?

C’est en ces mots poétiques que Robert le poète public a su apaiser le temps d’un instant les douleurs d’une passante atteinte d’un psoriasis s’acheminant sur d’interminables années de désespoir. Robert croit fermement que le pouvoir des mots engendre forcément « l’expression, la communication et le possible ».

L’AMBITION DE VIVRE DE SON ART

À la question de savoir s’il est ce jeunot de quatre ans sur le quai de la gare, la valise à la main et accostant un monsieur à qui il demande le chemin vers un monde meilleur, le poète public affirme être ce petit garçon rêveur au premier plan, mais, oui mais qu’il reste conscient de l’importance des mots dans la vie quotidienne.
Dès lors, être artiste de nos jours et manger son pain quotidien grâce à son art, quoi de plus normal pour le poète de rue. La démarche qu’il entreprend de faire est d’une grande « nécessité » car selon lui, il existe un malaise sociétal qui grossit de plus en plus, et dont le nom véritable ne se prononce pas. « Un malaise qui a toujours existé d’ailleurs », déplore t-il.

Si faire comprendre la vie d’une autre façon aux passants est sa prérogative première, le dieu argent, lui aussi prend une place certaine dans la vie de ce jeune poète, car « je vis de ça », indique t-il. Pour le reste, il ne renie pas que le montant soit à la discrétion de ses clients. Celui qui prévoit, pour l’instant, faire son activité durant tout l’été n’est opposé à aucune sorte de rémunération. Son art lui vaut même de recevoir des pâtisseries et le transport en taxi en guise de remerciements.

Dans un entretien de près d’une heure, ce maniaque de la littérature, plus exactement de la création littéraire à l’Université du Québec à Montréal, nous révèle qu’il est tombé amoureux des livres et surtout des mots dès sa tendre enfance, les mots dont les auteurs ne sont entre autres que : Réjean Ducharme, Dany Laferrière, Albert Camus, Paul Eluard, Émile Nelligan et Louis Aragon à qui il voue une admiration sans bornes. Par-dessus toute sensibilité inspirationnelle, Robert révèle avoir été fortement marqué par Regards et Jeux dans l’espace du poète Hector de Saint-Denys de Garneau.

Son crédo ? Faire de la poésie pour les gens, les faire sourire comme « l’on voit ces poètes le faire à Paris ou à Madrid », s’émeuvent certains de ses admirateurs. La technique et l’imagination de Robert le poète public semblent bien marcher puisque jusqu’ici il arrive à payer son loyer d’été comme il le souhaitait. Après tout, d’Einstein, il a su garder cette citation : « L’imagination est plus importante que la connaissance ».

Christelle De Bough

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