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L’Algérie, à l’heure de la résurrection du peuple

Avec les marches pacifiques organisées depuis quelques semaines contre le régime de l’oligarchie qui gouverne l’Algérie depuis plusieurs décennies, il y a eu un réflexe spontané de la part des citoyens et des citoyennes, ils ont décidé de ramasser tous les déchets laisser par les manifestants : bouteilles d’eau vides, papiers, mégots de cigarettes, etc.

À partir de la deuxième manifestation, des jeunes de plusieurs quartiers ont décidé non seulement de faire des campagnes de nettoyage en groupe après les marches mais aussi des campagnes d’embellissements des trottoirs, des murs, des escaliers, des jardins publics et même des terrains vagues.
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À la troisième manifestation, le rythme s’accélère pour que les mêmes initiatives soient prises dans des universités, des entreprises publiques, et des établissements scolaires primaires et secondaires.
Maintenant, des jeunes commencent à nettoyer d’autres endroits publics tels que les cités d’habitations, les plages, les parcs.
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Cette frénésie de tout nettoyer et d’embellir son quartier et sa ville est l’expression de la volonté du peuple de tout nettoyer et effacer les traces du régime qui a souillé la cité et les gens qui y habitent.
Pendant très longtemps, les gens ont cru à l’image que le système leur renvoyait d’eux-mêmes à travers les médias à leur solde et leurs discours de propagande. Une image sombre, dégradante et humiliante. Vous êtes un peuple sale, ignorant non civilisé, si vous êtes là c’est grâce à nous, car c’est nous qui avons combattu le colonialisme français et qui vous avons offert la liberté. Donc c’est à nous de vous gouverner et seulement nous, car vous n’êtes pas dignes d’autre chose que de vivre dans cette situation.

Pourtant, malgré la vétusté de certaines habitations, quand tu y entres, c’est toujours très propre et bien rangé à l’intérieur. La saleté commence à l’extérieur de la maison dans les espaces communs et publics. Ces espaces étaient souvent sales et pas propres, car c’est à partir de là que commence notre vie sociale. C’est dans les lieux communs que le peuple redevient schizophrène et perd toute sa lucidité et tous ses moyens.
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Comment ne pas l’être alors qu’à longueur de journée, à chaque jour que Dieu fait tout le monde te dit que tu n’es qu’un moins que rien, un incapable et personne ne te parle du contraire à quelques exceptions près.
À l’école, tu es souvent l’âne qui n’est ni à la hauteur des espérances du système éducatif ni à ta place.
À la mosquée, tu es l’être faible qui mérite le châtiment divin dans cette vie et tu dois accepter ta vie misérable avec résignation et soumission à la volonté divine pour mériter ta place au paradis.

Dans toute la société, tu ne peux pas être toi-même, être authentique. Comme tu n’as ni le droit ni l’opportunité d’aspirer à une meilleure situation financière ou sociale dans la majorité des cas.
La décennie noire était catastrophique pour les gens du peuple qui ont vécu un traumatisme à vie à cause des attentats aléatoires et des massacres perpétrés contre lui et surtout lui alors qu’il s’agissait au départ d’une guerre civile entre le parti islamiste déchu, à qui le régime a fait barrage vers l’ascension au pouvoir autocratique, et l’oligarchie sanguinaire.

Seulement voilà, la nouvelle génération n’a pas connu les régimes successifs qui ont gouvernés ni le traumatisme collectif des années 90, car la plupart étaient des petits enfants. Cette génération n’a connu qu’un seul président qui a saigné à blanc ,avec les opportunistes et les voyous, sans état d’âme, qui lui servaient d’équipe de gouvernance du pays.

Plusieurs facteurs ont contribué au changement graduel des mentalités en commençant par l’utilisation active des réseaux sociaux par une grande partie des jeunes : la « démocratisation » de l’internet et des téléphones cellulaires, la venue de la 3G et la 4G. Cela a ouvert une baie vitrée vers l’extérieur pour voir ce qui se passe ailleurs dans le reste du monde. L’avortement « des printemps arabes » qui ont mené vers la destruction des pays plutôt que vers des changements positifs. La Tunisie et l’Égypte l’ont échappé mais à quel prix?

Pour expliquer ce qui arrive actuellement en Algérie, la non utilisation de la force par les éléments de sécurité anti-émeute est due à plusieurs facteurs :

•La guerre des clans fratricides dans les hautes sphères de l’État à cause de la main mise et sur le pouvoir et sur les affaires d’un clan plutôt que l’autre.
•La mise à l’écart par Bouteflika des hauts gradés des services secrets depuis 2015 et de leur intégration directement sous la houlette de la présidence (communément connu sous l’appellation de la Sécurité Militaire) qui faisaient parti des trois éléments sur quoi reposait le régime algérien depuis l’indépendance en 1962 (la présidence, l’armée et les services secrets).
•La peur de donner des ordres de tirer sur le peuple à tous les éléments des corps de sécurité, car ces derniers sont issus de ce même peuple. Ils sont là pas par sympathie au régime mais par nécessité de trouver un travail et gagner leur vie pour aider souvent leurs parents et leur famille appauvris par la mauvaise gouvernance et la dilapidation des ressources naturelles et des deniers publics.
•Le spectre de la fin de l’ancien président de la Roumanie est encore dans l’esprit des dinosaures du système actuel algérien : avant la chute du mur de Berlin et la chute des régimes communistes avec Nicolae Ceauşescu exécuté par les militaires le 25 décembre 1989.

Le peuple regagne confiance en lui, les parents sont fiers de leurs progénitures et la Patrie est fiere de ses enfants.

Par Abdellah Merani

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