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Ian Brennan parle des prisonniers du Malawi avec qui il a réalisé un album

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En entrevue avec Afrikcaraibmontreal par courriel , le producteur Ian Brennan a fait le portrait de la prison de Zomba au Malawi: accusations d’agression, de sorcellerie, d’assassinats, voilà pourquoi 2000 personnes sont jetées dans prison qui devrait ne accueillir que 340 personnes au 19e siècle. Des peines qui tirent en longueur pour des prisonniers pauvres. Malgré ce portrait sombre de cette prison, Ian Brennan et sa femme Marinela Delli (photographe et réalisatrice) ont pu enregistrer l’album Zomba Prison Project avec une soixantaine de détenus pour 20 chansons dont certaines ne dépassent pas une minute. L’album est sorti fin janvier 2015. Entrevue réalisée en anglais et traduite par Ansou Kinty.

Bonjour M. Vous êtes producteur de musique. Votre nouvel album produit à la prison de haute sécurité de Zomba au Malawi est sorti le 27 janvier 2015. Pourquoi avez-vous décidé d’enregistrer l’album Zomba Prison Project avec des prisonniers du Malawi ?

Après avoir travaillé avec les Mouse Boys du Malawi, nous nous sommes intéressés à aller plus loin dans la culture. Il est apparu qu’il n’y avait aucune population plus méritante que celles qui ont été incarcérées, mais dont on a refusé le droit à la parole.

Quelles étaient les réactions des autorités du Malawi et des prisonniers quand vous leur avez parlé de votre projet ?

Au début, il y avait un peu de récitence. Ils étaient réticents à l’idée de nous permettre l’accès à la prison sans nous avoir rencontrés en personne. Donc nous avons dû prendre un vol pour le Malawi avec un brin d’espoir. Après discussion une fois sur place, le chef et les gardiens de la prison étaient tout à fait enthousiastes pour l’enregistrement de l’album et étaient disposés à nous aider.

Quelle était l’atmosphère de travail avec les prisonniers ?

Il planait une tristesse, sachant ce qu’ils doivent supporter, particulièrement pendant les heures de nuit. Mais passer du temps avec eux, apprendre d’eux, partager de la musique et la nourriture avec eux, et voir le plaisir que ça suscitait chez certains d’entre eux était inspirant. Et c’est quelque chose que je garderai avec moi pour le reste de ma vie.

Qu’avez-vous aimé le plus, en travaillant avec des prisonniers ?

Les surprises constituaient les moments les plus émouvants : un prisonnier qui n’avait pas écrit de chanson a accepté plus tard d’en écrire une juste pour nous, si nous y retournions quelques jours plus tard. Elle s’est avérée une des meilleures chansons de l’album (c’est la chanson numéro 2 ). Et la chanson Ballad qui est la pierre angulaire de l’enregistrement ( piste numéro 3) était une des dernières choses enregistrées. Thomas, le musicien, était parti au coin de la rue avec une petite guitare que nous avions apportée, et après beaucoup d’heures d’absence, tout à la fin du dernier jour d’enregistrement, il a avec hésitation fait un pas en avant et a dit, « je pense que je pourrais faire encore une. » On avait sous-estimé ce qu’il venait de dire, car la minute qu’il a ouvert la bouche pour chanter, tout le monde a gardé son souffle, médusé, attendant ce qui allait en sortir. Sa chanson s’est avérée être un classicisme instantané.

Savez-vous pourquoi ils purgeaient des peines de prison?

Ils purgeaient des peines de prison pour vol, agression ou assassinat. Beaucoup de femmes étaient emprisonnées pour sorcellerie. Un homme a été impliqué dans un meurtre quand son groupe de musique a essayé de voler le matériel d’un autre groupe de musique. Certaines personnes sont maintenues en prison pendant de longues périodes tout simplement parce qu’ils n’ont pas d’argent pour payer la caution et les procès s’éternisent. D’autres manquent le minimum de ressources nécessaires pour faire réviser leur procès.

Pouvez-vous décrire les conditions de vie des prisonniers dans la prison Zomba ?

La prison a été construite au 19ème siècle pour accueillir 340 personnes, mais actuellement elle en loge 2,000. On pouvait y voir des rats et des tarentules . Une des femmes qui fait partie de l’enregistrement est morte en prison après, comme son enfant un an plus tôt. Plusieurs prisonniers ont déclaré que, « si vous n’avez pas de SIDA quand vous entrez dans cette prison, vous en aurez quand vous serez acquitté. » Beaucoup de leurs chansons parlent du VIH.

Est ce que votre projet a eu un impact sur leurs conditions de vie ou leurs peines de prison ?

Nous avons pu aider à faire sortir trois femmes de prison. Ensuite, nous avons contribué à financer la révision de procès de trois personnes, mais malheureusement ces trois cas ont subi les lourdeurs de la bureaucratie et sont toujours non résolus bien que les démarches soient entamées il y a plus d’une année.

Enregistrer un album avec des prisonniers est inhabituel, quel est votre prochain projet?

Le but est de faire connaitre sur le plan international les régions qu’on entend pas parler souvent. Parler souvent des villes comme Los Angeles, New York, Londres, Paris, Mumbai, Mexico City est indéfendable. 86 % des gens dans le monde ne parlent pas anglais, ni espagnol ou mandarin. Ces gens devraient avoir tous les droits pour se faire entendre. Aussi, il y a une autre forme de colonisation qui continue tout simplement.

Afrikcaraibmontreal.com

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