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Haïti-Carnaval : Danser sur la mémoire de l’occupation américaine

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Pour la deuxième année consécutive et malgré les appels d’intellectuels et d’autres citoyens, le gouvernement haïtien persiste à faire coïncider carnaval des fleurs et anniversaire de l’occupation américaine d’Haïti.

Des universitaires, interrogés par AlterPresse, évoquent une « mémoire anesthésiée », un « rapport pervers à l’histoire » pour qualifier ce comportement.

Les 27, 28, 29 juillet 2014 sont réservés au Carnaval des fleurs – des réjouissances populaires dont l’actuel pouvoir semble faire sa spécialité – à Port-au-Prince sur le thème « dépourvu d’originalité » avec un air de déjà entendu « Haïti, se la pou w la ».

C’est le 28 juillet 1915 que les marines américains ont débarqué sur le sol haïtien pour ne repartir qu’en 1934, à l’issue de 19 ans d’une occupation douloureuse pour la population avec des milliers de résistants massacrés, rapportent les historiens.

Et encore cette année 2014, des voix s’élèvent pour rappeler qu’on ne peut noyer une date comme celle du 28 juillet dans une ambiance de bacchanales carnavalesques.

Parmi elles, l’ancien ambassadeur d’Haïti à Tokyo, Marcel Duret, pense qu’« il est souhaitable que le gouvernement évite d’organiser cette festivité en ce jour mémorable dans notre histoire de peuple ».

Mais, les préparatifs vont bon train au Champ-de-Mars. Des stands sont en construction. Les groupes musicaux préparent des versions révisées de leurs compositions carnavalesques, des « remix ». Les sponsors s’apprêtent à délier les cordons de la bourse pour avoir leur visibilité.

Un phénomène de mémoire, un certain rapport de la société à son passé

Le Doctorant allocataire en sociologie à l’Université Paris VIII et à l’Université d’Etat d’Haïti, Jerry Michel, pense qu’ « Haïti a un rapport particulier à la mémoire » en ce sens qu’il existe « un refus de construction de mémoire par rapport à notre grandeur historique ».

Pour le chercheur du Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement (Lavue) – Unité mixte de recherche (UMR) du Centre national de la recherche scientifique [en France] (Cnrs) – s’il y avait des « réflexions sur le 28 juillet on aurait organisé des activités autres que le Carnaval pour faire acte de mémoire de cette date ».

Comme Michel, le docteur en communication et professeur à l’Ueh Hérold Toussaint pense que cette situation doit nous amener à questionner le rapport de la société à sa mémoire.

« Cette période de notre histoire est-elle véritablement étudiée dans les facultés des sciences humaines et sociales ? Que disent les penseurs haïtiens et américains sur l’occupation américaine ? » se demande le professeur Toussaint qui dit vouloir s’inscrire dans « une logique de sociologie de la mémoire ».

Notre rapport « pervers » à l’histoire ne nous a pas permis de faire acte de mémoire, c’est pourquoi, selon les analyses de Toussaint, nous nous installons aisément dans la nouvelle occupation du pays depuis 1994 (allusion à la Mission des Nations-Unies pour la stabilisation d’Haïti – Mnustah).

« Notre rapport au passé doit nous inviter à nous responsabiliser. D’où l’intérêt de faire une réflexion sur les grands événements de notre histoire » poursuit le professeur qui croit qu’on « ne peut pas nous demander d’oublier. Car oublier c’est se montrer ingrat envers ceux qui ont combattu l’occupation ».

Source: http://www.alterpresse.org

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