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Gisèle Ndong Biyogo, écrivaine et humoriste, voulait défendre les droits des femmes au Gabon

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C’est le dimanche 25 mai, au Tim Hortons de la place Longueuil, que nous avons eu le plaisir d’interviewer madame Gisèle Ndong Biyogo. Si beaucoup d’individus s’illustrent au cours de leur existence en suivant les chantiers battus de leur communauté, Gisèle va, à travers ses prises de position, à contre-courant de son milieu d’origine, le Gabon, un pays de l’Afrique Centrale. Entre le rêve de son père de la voir devenir avocate et ce qu’elle voulait faire ( faire des études en communication et défendre les droits des femmes dans son pays ), Mme Ndong Biyogo a choisi de ne pas respecter le souhait de son géniteur. À travers l’entrevue qu’elle nous a accordée, l’humoriste nous parle de son parcours qui l’a conduite au Québec en 1997.

Est-ce que depuis votre jeune âge vous rêviez d’être humoriste?

GNB : Non pas du tout! Moi, mon destin avait pratiquement été scellé par mon père qui voulait que je devienne avocate. Il trouvait que je me défendais bien verbalement lors de nos joutes oratoires. Cependant, après une année en droit à l’Université Omar Bongo de Libreville, je me suis rendu compte que ce n’était pas mon rêve, mais celui de mon père. Ne voulant pas vivre ma vie par procuration, j’ai décidé de poursuivre mes propres ambitions. J’ai alors quitté le Gabon à l’âge de 23 ans pour la France où j’ai fait des études en communication. J’ai fait communication parce que je voulais retourner au Gabon défendre les droits des femmes.

Vous êtes au Québec depuis 1997, pourquoi vous n’êtes pas rentré au Gabon défendre les femmes puisque c’était votre souhait ?

C’est vraiment le hasard. À la fin des études de mon mari camerounais et ingénieur, qui a aussi un doctorat en automatisation des systèmes, nous avons décidé de rentrer en Afrique. Mais, une fois à l’agence de voyages pour acheter les billets, mon mari ne voulait pas aller s’installer au Gabon, moi non plus, je ne voulais pas aller vivre au Cameroun puisque je voulais aller défendre la cause des femmes dans mon pays. Lui, il voulait robotiser le Cameroun. À l’époque, nous étions en France. Finalement, nous sommes repartis à notre appartement où nous attendait un message sur le répondeur demandant à mon mari, qui avait envoyé une candidature de post-doctorat à l’université de Laval à Québec, s’il était toujours intéressé. Il a accepté tout de suite l’offre et c’est comme ça que nous sommes retrouvés au Québec, résolvant ainsi la question sur le pays où nous allions vivre.

Vous vouliez défendre très tôt les droits des femmes au Gabon. C’était inhabituel à l’époque en Afrique vu le poids de la tradition. Pensez-vous que c’était dû à l’influence occidentale?

GNB: J’ai toujours été critiqué à ce sujet, car ma vision et ma façon de penser étaient fondamentalement en opposition avec le paradigme culturel africain. Mon enfance fut marquée par la figure d’un père autoritaire, fils de chef coutumier et fier opposant politique au défunt président Léon Mba. Déjà à neuf ans, je lui tenais tête en lui annonçant que dans le futur, j’allais devenir épouse à temps partiel. Vous auriez dû voir sa réaction. Il se demandait où je prenais toutes ces idées. Il me disait « Tu sais Gisèle, une femme ne doit pas dire tout ce qu’elle pense ». Je lui répondais en lui demandant où c’était écrit que ça devait se passer comme ça. Un jour, il se fâcha et m’amena chez mon parrain pasteur, afin qu’il me parle pour que je ne contamine pas les autres femmes de notre entourage avec mes idées trop libérales en regard de la tradition africaine.

Pourquoi ne vouliez-vous pas devenir épouse à temps partiel?

Quand, je voyais la vie que ma mère et les autres femmes autour de moi enduraient et le peu de gratitude qu’on leur accordait malgré les sacrifices consentis, je n’avais pas envie que ma vie ressemble à ça. Et pourtant, ma mère Okome Mba Isabelle m’a donné ces valeurs fortes qui me portent et que je transmets autour de moi aujourd’hui. D’une douceur, d’une sensibilité et d’une générosité infinie, ma mère est sans doute la personne avec la plus belle âme qu’il m’a été donné de rencontrer. Son amour et son empathie pour les autres m’ont toujours émerveillée. Je ne parle même plus de sa grande intelligence, de sa constance dans le travail, de son sens de la planification, son sens inné de l’entrepreneuriat et son immense talent en cuisine ! Au Gabon comme partout en Afrique noire, on attend beaucoup de la femme. Elle doit être mère, sœur, tante, cousine, amante, épouse, pilier de la famille, porteuse et transmetteur de nos valeurs, citoyenne engagée, et même aujourd’hui pourvoyeuse. En même temps, son travail n’est pas reconnu ! On ne lui donne pas les moyens de sa politique puisqu’on tient pour acquises ses multiples contributions. Comme femme, elle subit régulièrement les multiples infidélités de son partenaire de vie et est encore malheureusement victime d’infantilisation et de violence conjugale. Elle est régulièrement victime d’attaques et de remontrances de la part des membres de sa belle-famille qui scrutent à la loupe chacun de ses faits et gestes comme si elle était condamnée à l’excellence. Malgré ses efforts, on ne lui dit que trop rarement. Merci !

Vous êtes humoriste, quand avez-vous débuté votre carrière?

GiséleGNB : J’ai toujours été un bouffon naturel. Aussi loin que je me souvienne, lorsque j’avais cinq ans, mon père m’installait sur la table (de la cuisine notre cuisine n’avait pas de table) pour distraire les invités. Je racontais des bêtises et ça faisait rire tout le monde. J’ai choisi d’en faire un métier durant mon année sabbatique, qui a succédé mon départ de la fonction publique québécoise en 2004. Car( à enlever) l’écriture a toujours été ma vocation. J’ai donc lancé ma carrière en communication en freelance, tout en m’impliquant dans des organismes communautaires. C’est finalement en 2009 que j’ai commencé une série de spectacles d’humour au Grün Vert Café.

Quel type de public assiste à vos spectacles d’humour?

GNB : Je crois que nous avons tous l’humanité en commun. Un Québécois peut très bien rire d’anecdotes se déroulant au Gabon et un Africain peut trouver hilarants mes déboires de fonctionnaire au Québec. En tant que femme issue de l’immigration, j’aborde plusieurs thèmes dans mes spectacles, qui touchent à l’intégration des nouveaux arrivants, aux relations de couple, à l’actualité politique, à l’éducation des enfants et au quotidien des gens de mon Afrique natale.

Vous êtes écrivaine aussi, d’où provient cette passion pour l’écriture?

GNB : C’est une histoire familiale, un besoin et en même temps un refuge pour moi. Mon père écrivait, mais il n’a malheureusement jamais pu être publié. Faisant partie de ces premières générations d’hommes et de femmes scolarisées avant les indépendances, mon père André Ndong Biyogho était un érudit dans sa culture d’origine et connaissait très bien la littérature française. Enseignant de formation, politicien dans les premières années après notre accession à l’indépendance et homme d’affaires, mon père était un grand tribun amateur de rhétorique. Je lui dois ma passion des mots. Nous avions toujours été très nombreux à la maison. Mon père a élevé la plupart des enfants de ses frères décédés, alors nous fûmes jusqu’à une vingtaine d’enfants à habiter dans une maison qui n’était pas un château. Dans ces conditions de promiscuité, la seule façon pour moi d’avoir de l’intimité était de créer des histoires dans ma tête que j’aimais coucher ensuite sur papier. Ce moment que je prenais pour écrire me permettait alors de me couper de tout en me projetant dans un autre univers. De fil en aiguille durant mes études universitaires en communication, j’ai fini par me spécialiser en écriture de presse, peut-être parce que c’était déjà là au début.

Quand avez-vous publié vos premiers textes?

GNB : En classe de quatrième (qui correspond ici à la 3ème année du secondaire) à Oyem, avec d’autres élèves, nous avons créé un club journal pour notre lycée. À cette époque, dans cette ville de province au nord du Gabon, il n’y avait rien pour se distraire, pas de bibliothèque, rien d’intéressant à la radio locale et aucun cinéma. À la sortie de l’école, les enfants n’avaient pas d’autres choix que de rentrer à la maison. Quand nous avons proposé mon idée au proviseur du lycée, sa réaction fut des moins enthousiastes : « Qu’aller vous écrire là-dedans? Savez-vous combien coûte l’encre ?» À cette époque, l’encre était rare à Oyem. Il fallait faire venir des cartouches d’un fournisseur de la capitale Libreville, qui à son tour devait commander le matériel de la France. La sortie du premier numéro qui s’est vendu en un temps record suffit à atténuer les inquiétudes du proviseur.

Comment se vit au quotidien le métier d’écrivain au Québec ?

GNB : Mon expérience personnelle m’amène à affirmer que c’est très difficile. Je ne veux pas décourager les gens qui veulent tenter l’expérience, car écrire est avant tout une passion. Il y a toutefois très peu d’auteurs qui vivent de ce métier au Québec. Il faut avoir d’autres cordes à son arc. Ceci étant dit, écrire demande de la constance, de la détermination et de la discipline. Il faut avoir de l’imagination, ne pas hésiter à aller au-delà des sentiers battus, se faire plaisir et éviter de s’autocensurer.

Comment fut accueilli votre premier roman?

GNB : Très bien. Ce projet fut réalisé dans le cadre d’une seconde carrière. Consciente du déficit d’images positives sur l’Afrique, notamment sur l’Afrique centrale, j’ai eu envie d’en parler. Je voulais parler du mariage, des relations parents-enfants, de la relation de couple. Je voulais également montrer des gens qui ne sont pas miséreux, une Afrique qui a les pieds solidement ancrés dans ses traditions et qui a résolument la tête tournée vers la modernité. J’ai donc profité du prétexte de l’histoire d’amour entre deux jeunes pour aborder ces thèmes-là. Au début, je voulais écrire une courte nouvelle. Mais comme l’histoire ne voulait pas s’arrêter, j’ai suivi ma plume et cela a débouché sur Éssila et Élla : Le triomphe de l’amour. Je voulais raconter par écrit une histoire qui pourrait transporter mes lecteurs en voyage au fil des mots.
Le fait d’avoir gradué en écriture de presse m’a donné la possibilité de communiquer mes idées de manières claires et simples.

Propos recueillis par Simon Cloutier-Cyr

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