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De l’Orient au Canada: La vie des réfugiés avec des cauchemars qui refont surface

Crédit photo: Lapresse
Khajak, George, Nazar, Harout, Maria, Hiba, Magda, Latif sont quelque noms d’enfants qui ont quitté la Syrie et fui la guerre. Qu’ils soient chrétiens ou musulmans, ce sont des réfugiés syriens qui étaient sous l’emprise des terroristes. Ces enfants, leurs familles ainsi que d’autres milliers de personnes ont vécu l’enfer avant d’atterrir au Canada et de retrouver la sécurité. Rappelons que le Canada a accueilli 25 000 réfugiés depuis l’automne 2015. La moitié est prise en charge par le gouvernement, l’autre moitié est parrainée, soit par les membres de la famille ou par des organismes communautaires.

« Dans le parrainage public, le gouvernement finance l’ensemble de l’accueil. Il paie tant pour le transport international que les 12 premiers mois hébergement. Les réfugiés ont aussi des allocations de survie. Dans l’option du parrainage privé, les parrains s’engagent à couvrir les frais associés à vivre ici pendant 12 mois, à hauteur d’environ 25 000 $ », rappelle François Audet, directeur de l’Observatoire canadien des crises et de l’aide humanitaire et professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, qui a lui-même parrainé des réfugiés syriens.

Le Québec se distingue toutefois du reste du Canada, puisque le parrainage privé y occupe une place beaucoup plus importante. L’État ne prend en charge que 15 % des réfugiés.

« Chronologiquement, le Québec s’est investi rapidement et était dans les premières vagues, les premiers mois de cet arrivage de réfugiés là », bien avant que le gouvernement fédéral n’annonce son plan d’accueil, souligne François Audet. « Il y a donc eu un lot important de parrainage privé qui s’est fait » dès 2014, dit-il, ce que confirme le ministère de l’Immigration du Québec.

Les Syriens qui fuyaient les violents combats dans plusieurs ville syriennes, ont , d’abord, atterri au Liban, avant d’arriver au pays de l’érable. Certains ont eu juste le temps de prendre une valise, d’autres n’ont même pas eu le temps de saluer leurs familles, ni de fermer leurs maisons. Il fallait être prêt à partir à tout moment: dés que les papiers étaient prêts, les Syriens devaient partir sans plus attendre.
Ils sont sortis le cœur gros, attristés: partir et laisser derrière eux les souvenirs de longues dates, un héritage familier, leurs maisons, leurs usines, magasins, leurs fortunes; ils ont été déracinés et obligés de couper le lien avec leur passé, leur vécu et leur histoire.

Pensez-vous qu’il est aussi facile de refaire sa vie ailleurs? Est-il facile d’effacer et de reprendre du début? Est-il facile de s’intégrer à la nouvelle terre d’accueil? Au froid? Est-il facile aux hommes d’affaire d’aller, encore, à l’école pour apprendre le français ou l’anglais? Est-il facile à ces entrepreneurs d’aller faire le porte à porte pour se trouver un nouveau travail? Est-il facile aux docteurs, aux hommes de loi de se retrouver caissiers et emballeurs dans des magasins? Est-il facile pour des familles, qui vivaient dans l’aisance financière, de se retrouver dans des appartements étroits avec peu de moyens?

Tant de questions qui restent sans réponses, pour le moment, le temps nous le fera savoir. Mais ce qui est certain, c’est que ces personnes là entraînent avec elles un fardeau très lourd: les Traumas de la Guerre. Il n’est pas aussi évident, que l’on pense, d’oublier en quelques jours, en quelques mois ou en quelques années les horreurs et les monstruosités vécues par les Syriens. Les Traumas sont nombreux et peuvent se manifester sous plusieurs formes: cauchemars, peur, troubles psychologiques, insomnie, tristesse, dépressions, stress et …
Le moindre mot, le moindre fait ou geste peut éveiller un souvenir choquant et troublant.
Khajak, un Armenien de 13, a reçu une balle dans le genou, il en porte encore les séquelles. George, son camarade de classe en francisation, a 8 ans, un magnifique jeune garçon avec un beau sourire manifeste ses traumas par la résistance, les cris et la nonchalance. Celui-ci n’a pas eu l’occasion de fréquenter l’école depuis la maternelle, car les bombardements l’ont empêché, lui et ses camarades, d’aller sur les bancs de l’école, et j’en passe. Chaque enfant, cité ci-haut, a quelque chose à dire, à partager sur son vécu en Syrie, mais ils sont tous passés par les mêmes circonstances. Ces enfants partagent les événements vécus autant que leurs parents. Les lésions sont communes à tous, les blessures sont profondes au point où l’intervention d’un psychologue est plus que nécessaire pour certains. C’est pourquoi, le gouvernement canadien tout comme leurs parrains ont mis en œuvre, avant l’arrivée des réfugiés, des programmes d’aide dont peuvent bénéficier les Syriens dès leur venue.

Heureusement pour eux, la guerre est derrière, mais il arrive que parfois, ces familles sont nostalgiques, ils souhaitent retourner chez eux et retrouver leur vie normale d’avant guerre, leur dignité, leur maisons et leur quotidien.

Le vécu de ces jeunes personnes me rappelle le mien, le notre. Un moindre bruit, un moindre geste douteux ou une moindre image réveille en moi des souvenirs douloureux enfouis tout au fond de mon subconscient. Je n’ai rien oublié, je ne suis pas guérie des séquelles de la décennie noire. À chaque fois qu’on parle d’une attaque terroriste ou d’un attentat, je me vois obliger de changer de canal de télévision, car cela me stress, me fait mal, me replonge dans une période effroyable, pénible et trop dure. Je maudis les responsables de ces effroyables crimes, les barbares qui s’attribuaient des titres et s’octroyaient des droits au nom de la « religion » pour tuer, massacrer et commettre des crimes ignobles à l’encontre de toutes personnes qui refusaient de les suivre, de leur donner raison ou bien se révolter contre leur façon de faire au nom de « Dieu ».

Tout comme ces réfugiés syriens, je traîne mes traumas depuis les années 90; la décennie noire qui a commencé en 1990 et s’est poursuivie jusqu’au début des années 2000. L’Algérie a vécu une période très difficile sous l’emprise du terrorisme et la domination des intégristes religieux qui voulaient coûte que coûte radicaliser le pays. Je ne pourrai pas effacer de ma tête les horribles images de cadavres, de pauvres innocents décapités, des pauvres jeunes filles kidnappées, violées et déshonorées. Je ne pourrai pas oublier ma peur au ventre lorsque je sortais le matin pour aller au travail, sans être certaine de venir le soir. Je pouvais mourir à n’importe quel moment et n’importe où, car je n’appartenais pas à la cohorte extrémiste. Une bombe pouvait exploser dans l’autobus, une voiture piégée. Un colis suspect pouvait être placé n’importe où: devant les banques, les maisons de presse, les écoles, les bibliothèques, les stations de bus, dans les marchés publics, dans les plages; à vrai dire, juste dans les lieux collectifs. Une certaine catégories de gens gênaient, mais elles gênaient qui?

À suivre …

Par Rachida Chenouf

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