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Crise politique au Togo : la société civile dessine l’après-dialogue

Le Front citoyen Togo Debout
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C’est sur le terrain des cheminots, plus connu sous le nom d’Akassimé à Lomé ce mardi 13 février que « Le Front Citoyen Togo Debout » a appelé la population à veiller au déroulement des négociations. Pour les responsables de cette société civile, « Aucun compromis ne se fera plus sur le dos du peuple ».

Ils justifient cette mise en garde à l’égard de toute la classe politique togolaise, par le fait que ce 27ème dialogue ne doit plus être un rendez-vous manqué comme les précédents. Et c’est pourquoi, ils ont exhorté la foule à faire sienne la prochaine assise qui, selon eux, doit déboucher sur une transition politique.

« Nous saluons le dialogue qui va s’ouvrir mais nous disons haut et fort à tous les partis politiques et surtout au pouvoir en place que le changement c’est maintenant », a déclaré Me Raphael Kpandé Adzaré, l’un des porte-paroles du FCTD. Dans son intervention, il a insisté que le changement ne passera que par « le retour à la Constitution de 1992». « Peuple meurtri, frustré aliéné et assujetti, tu veux reprendre ta liberté. Et celle-ci passe par la revendication légitime du retour à la Constitution de 1992 », a-t-il insisté.
Cette insistance sur l’ordre constitutionnel a tout son sens. La disposition constitutionnelle prévoit la limitation du mandat présidentiel à deux et stipule que : « En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats ».

Or, au Togo, c’est une seule famille qui dirige le pays depuis une cinquantaine d’années. A la mort du Général Eyadéma (38 ans au pouvoir) en février 2005, c’est son fils Faure Gnassingbé qui lui a succédé dans une effusion de sang.
Ce dernier qui a déjà fait deux mandats, a entamé le troisième (qui prend fin en 2020) et ne compte visiblement pas céder le pouvoir. C’est dans cette situation qu’a surgi le Parti national panafricain (PNP) de l’opposant Tikpi Atchadam qui réclame le retour à la Constitution de 1992 et le vote de la diaspora à travers les marches synchronisées sur le territoire national et à l’étranger.

Sa contestation du règne dynastique des Gnassingbé a emballé tout le pays et a donné lieu à la création de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition. C’est ce grand ensemble politique qui bat le pavé pratiquement tous les week-ends à Lomé afin d’obliger le parti au pouvoir à opérer les réformes constitutionnelles.

Mais le régime de Lomé a opté pour la répression brutale afin d’étouffer les manifestations de l’opposition. Au fil des mois, la situation politique s’est enlisée puisque le pouvoir, qui a même appelé au dialogue, s’est rebiffé.
Or, la crise politique qui dure depuis six (06) mois, paralyse les activités économiques des pays voisins du Togo. Cela a amené les chefs d’États africains à proposer leur médiation afin de dénouer la crise.

Après des mois de tractations et à l’issue de la rencontre des émissaires Albert Kan-Dapaah du Ghana et Tibou Kamara de la Guinée avec la coalition de l’opposition et le pouvoir, les protagonistes de la crise se sont mis d’accord pour aller au dialogue national le 15 février prochain.
Tirant expérience des dialogues qui se sont soldés par des échecs, la société civile « Front Citoyen Togo Debout » invite les togolais à être des sentinelles de ce nouveau dialogue. Pour cela, le mouvement citoyen propose la transition afin que le pays « cesse d’être une curiosité singulière, un scandale démocratique » en Afrique de l’Ouest.

La transition
« Nous proposons un schéma transitoire pour les protagonistes qui se retrouveront à la table de négociation », a indiqué le professeur David Dosseh, le deuxième porte-parole du FCTD. « Le Front citoyen Togo Debout convie tous les acteurs et protagonistes de la crise à faire preuve de volonté et à s’inscrire dans ce schéma qui semble la seul et unique voie pour une sortie pacifique et durable de la crise togolaise », a renchéri Me Raphael Kpandé Adzaré.

Toutefois, ils ont fait savoir que la transition n’est dirigée contre personne mais répond au fait qu’elle « est seule vectrice de l’intérêt supérieur de la Nation ».

Aussi le FCTD se fonde-t-il sur la dernière sortie du chef de l’État nigérian Muhammadu Buhari. Ce dernier, dans une déclaration, a affiché sa volonté de« travailler avec les autres chefs d’État de la CEDEAO pour empêcher que les transitions politiques ne dégénèrent en crises afin que les citoyens puissent concentrer leurs énergies et leurs ressources sur les questions de développement plutôt que d’essayer de survivre à des bouleversements politiques ».

Cependant, si du côté du pouvoir il y a une sérénité, il n’en demeure pas moins que les stratégies soient élaborées en coulisse pour déjouer les plans de la coalition. Il sera difficile pour le régime de lâcher prise facilement en optant pour une transition politique.
Même si Gilbert Bawara, le porte-parole du gouvernement, a laissé entendre que tous les sujets seront débattus lors du dialogue national le 15 février, il est fort probable que les discussions achoppent sur le retour à la Constitution qui sonnera le glas à Faure Gnassingbé et par ricochet à tout un système qui a régenté la vie des Togolais pendant un demi-siècle.

Dans tous les cas, quel que soit l’issue des négociations, le Togo s’oriente vers un nouveau visage politique au lendemain du dialogue national.

Par Anani Galley, correspondant au Togo

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