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Chronique: le président Abdoulaye Wade, plus grand stratège politique du Sénégal?

L’ancien président du Sénégal Abdoulaye Wade (2000-2012), que je considère comme étant l’éternel opposant, l’animal politique, est le plus grand stratège politique de tous les temps, à mon avis. Deux ans après avoir perdu les élections et contraint presque à l’exil  à Versailles, il est rentré au pays, il y a quelques jours,  à la veille de la comparution en justice de son fils Karim Meissa Wade en juin prochain. Son fils est poursuivi par l’actuel régime du président Macky Sall pour détournements de deniers publics et d’enrichissement illicite pendant qu’il était ministre.

L’ancien président rentre aussi dans un contexte où son parti le PDS (Parti démocratique sénégalais), premier parti d’opposition se cherche un leader, après sa défaite aux élections présidentielles de 2012.

Autre contexte politique: Maître Abdoulaye Wade foule le sol sénégalais  après les ravages de la prétendue ou réelle bataille que se livrait un trio: Idrissa Seck (ancien Premier ministre 2002-2004), Macky Sall (ancien premier ministre 2004-2007 et ancien président de l’assemblée nationale)  et  Karim Wade (ancien ministre d’état aux portefeuilles élargies comprenant les infrastructures, la coopération internationale, l’énergie). Une prétendue ou réelle bataille entre ses deux fils « spirituels » (M. Seck et M. Sall) et son fils biologique  (Karim Meissa Wade).

A mon humble avis, l’ancien président va réussir un double coup gagnant: d’une part, fédérer le PDS autour d’Idrissa Seck, Karim Wade ou les deux, et d’autre part, peser de tout son poids dans le procès hautement POLITIQUE de son fils afin de faire libérer ce dernier et de le mettre sur orbite dans la perspective des présidentielles prévues en 2017. Ainsi Karim Wade pourra être à la tête d’une large coalition qui pourra peut-être battre  l’actuel président.

Rappelons qu’en 2012, Macky Sall a été élu président du Sénégal pour satisfaire la demande sociale, créer des emplois, dessiner les contours du plan d’un Sénégal émergent, déjà orchestré par M. Wade avec un important développement des infrastructures routières durant son mandat. Un plan  qui devrait se poursuivre dans d’autres domaines tels que l’agriculture, la santé, l’économie verte. Mais, deux ans après son élection, le bilan de l’actuel président est catastrophique : absence de vision, de cap quant au contenu, au calendrier, et le rythme des réformes, de leadership et je dirai même de Charisme. Le président Sall ne peut pas centrer toute son action uniquement sur la seule question de la lutte contre l’enrichissement illicite, lui même a été au cœur du pouvoir (ancien Premier ministre sous le régime de Wade) et devra à un moment donné rendre des comptes au peuple, quant aux allégations qui pèsent contre lui et qui ont été formulées par certains de ses adversaires politiques.

Mais comme en politique une absurdité n’est pas un obstacle, pour reprendre une citation de Napoléon Bonaparte, l’ancien président va livrer sa dernière bataille politique.

Peut-on dire que l’idée de M. Abdoulaye Wade d’installer son parti (le PDS) au pouvoir pendant 50 ans ne fait que commencer ? Je tenterai de dire oui. Car l’ancien président lie son destin personnel à celui du pays au point de vouloir s’imposer comme l’homme providentiel. Or il ne doit pas y avoir d’homme providentiel, car les peuples passent, les trônes s’écroulent, l’église demeure , pour reprendre encore Napoléon Bonaparte.

Tant que l’Afrique de façon globale, et le Sénégal en particulier  n’aura pas un État fort avec des institutions fortes et des Hommes INTÈGRES à tout point de vue, soucieux de la chose Publique, de l’intérêt collectif, de SERVIR au lieu de SE SERVIR , le parcours menant à l’émergence puis au développement risque d’être chaotique.

Ahmadou Sow

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